Belle et bouleversante Afrique
Belle et bouleversante Afrique
Richard Bohringer, comédien, dramaturge, est aussi auteur. Après « C’est beau une ville la nuit » et « l’Ultime conviction du désir », il vient de faire paraître chez Artaud : « Carnet du Sénégal ». Dans ce livre, il nous parle avec passion de cette Afrique terrible et merveilleuse, pauvre et somptueuse mais toujours digne pour laquelle il se bat.
Richard qui a pris la nationalité sénégalaise, a une flamme au fond des yeux lorsqu’il parle de cette Afrique pour laquelle il éprouve un amour incommensurable et infini. » L’Afrique n’est pas telle qu’on nous la montre dans les journaux d’information avec des femmes violées, éventrées et des bébés découpés en morceaux », s’insurge cet amoureux inconditionnel de l’humain. « C’est de l’intoxication, de la désinformation. Elle est au contraire généreuse, spirituelle et fraternelle. L’Afrique, berceau de l’Humanité est riche de son âme. Elle ruisselle de trésors humains. Malgré la misère, les épidémies, les famines, les hordes d’orphelins, l’Afrique est riche de dignité, de beauté, de vraies valeurs. Elle nous ramène à l’essentiel dépouillé des artifices. « Afrique, tu m’as pris l’âme. Prends-moi dans tes bras. Laisse-moi me fondre en toi. », écrit l’auteur dans un élan irrésistible. Le livre incandescent de Richard Bohringer est d’une fulgurante et tragique beauté, il s’en échappe des effluves luxuriantes, enivrantes et des sensations sensuelles, primales, originelles, presque animales. « L’Afrique, je la sens, je la hume, je la renifle comme la vie, comme la mort » confie le comédien. C’est un amour inconditionnel, fusionnel. L’amour de Richard n’a rien à voir avec l’exotisme, c’est un amour viscéral, universel pour l’Humain et pour ses racines ancestrales car, confie t-il, c’est en Afrique qu’il a, après une longue quête enfin trouvé les pères et les frères qu’il n’a jamais eu et même cette mère qu’il a longtemps cherché et qu’il a contre toute attente découvert, somptueuse Reine de Saba, dans la Plaine des Baobabs. »... « Il faut aider nos frangins du Sahel, du Niger, du Burkina Fasso, s’enflamme Richard. Il ne faut pas tellement d’argent pour agir. J’ai demandé à voir Sarko pour le lui expliquer. Il m’a reçu. Il m’a écouté. Je lui ai dit de sauver cette Afrique du Sahel. Je ne sais pas ce qu’il fera.Il est important que l’argent destiné à aider l’Afrique ne soit pas détourné de cet usage, qu’il n’aille pas sur des comptes à Genève au lieu d’aider ces hommes qui n’ont rien. Avec de la bonne volonté, du bois, des camions, on peut construire des puits. Il ne faut pas que les 0NG dilapident l’argent en achetant des 4X4 à 100 barres. Il est impensable que la polio soit encore endémique. Une campagne de vaccination ne devrait pas être impossible. J’ai un fils sénégalais, Moussa, que j’ai adopté à l’âge de 3 ans et qui a eu la polio. Il a aujourd’hui vingt-trois ans et rien n’a changé. Lorsque j’ai adopté Moussa, jamais je n’aurai imaginé que ce fléau ne serait toujours pas éradiqué 20 ans après. C’est un scandale que certains gardent le pognon. Lorsque j’ai été reçu par Sarko, je lui ai expliqué que les hommes qui s’arrachaient à leur famille, qui quittaient leurs bébés pour émigrer en France et s’embarquaient sur des embarcations de fortune au péril de leur vie ne le faisaient pas par plaisir mais par impérieuse nécessité. J’espère qu’il a compris cette détresse humaine. Il faut aider l’Afrique. Il faut l’empêcher de mourir. Les Africains ont gardé une grande spiritualité. Ils sont un exemple de générosité. Tous les soirs à Saint-Louis, je parle avec les Anciens sur la place. Malgré leurs haillons, leurs lunettes en plastique, ils ont une élégance naturelle, une classe, une dignité et une sagesse bouleversantes. Ces rois en haillons ont beaucoup à nous donner alors qu’ils n’ont rien.
Expression
dimanche 10 juin 2007