Le Jour et La Nuit
Le Jour et La Nuit

A Voix haute, la Force de la parole, un film qui redonne espoir

 

C’est souvent le manque de paroles, l’incapacité à exprimer ses sentiments, son ressenti  et ses affects qui entraîne la violence. Les Jeunes de certaines banlieues sont souvent stigmatisés, incapables de s’exprimer et de communiquer. C’est à partir de ce constat que Stéphane  de Freitas a créé l’association La Coopérative Indigo et la formation Eloquentia, concept dont il a tiré un film qu’il faut absolument voir car il redonne espoir en l’avenir.

 

 

Stéphane de Freitas, lui-même originaire du 93 en devenant basketeur professionnel s’est senti marginalisé, isolé lorsqu’il s’est retrouvé déraciné, dans un environnement social radicalement étranger à son milieu d’origine. A la suite de cette expérience qui l’a marqué, il s’est mis à lire, a repris un cursus scolaire, en choisissant la filière du Droit et il a beaucoup réfléchi à cette problématique.

Fort du constat de l’érosion du lien social et de l’incapacité des Jeunes de verbaliser leur désarroi, faute de mots pour exprimer leurs émotions, leurs sentiments et leurs affects, il a pris exemple sur le coaching des étudiants en droit pour les former à l’éloquence et à la maîtrise de la parole. « A la Fac de droit, j’ai moi-même été formé à l’éloquence et je me suis dit que ce type de formation pourrait aider les Jeunes des quartiers sensibles et défavorisés à prendre de l’assurance, à maîtriser les mots, les nuances et ainsi les aider à communiquer entre eux. C’est ainsi qu’est né le concept de l’association La Coopérative Indigo, qui a pour vocation de recréer un lien social et de mélanger des milieux sociaux. J’ai ensuite créé Eloquentia, un concours qui s’adresse à des Jeunes du 93 de 18 à 30 ans. »

Désormais chaque année à l’Université de Saint-Denis se déroule le concours Eloquentia, qui vise à élire le meilleur orateur du 93. Des étudiants de cette université issus de tous cursus, décident d’y participer et s’y préparent grâce à des professionnels (avocats, slameurs, metteurs en scène …) qui leur permettent de s’entraîner pour remporter ce concours.  La prise de parole en public est un exercice difficile. Au fil des semaines, les candidats vont apprendre les ressorts subtils de la rhétorique, vont s’affirmer, se révéler aux autres, mais surtout à eux-mêmes. Munis de ces armes, Leïla, Elhadj, Eddy et les autres, s’affrontent et tentent de remporter ce concours qui élit le meilleur orateur du 93. Tous les ans, plus d’une centaine de concurrents postulent. Seulement trente sont retenus pour participer à la formation. Stéphane de Freitas confie avoir réalisé son film A Voix haute co-réalisé par Ladj Ly pour garder une trace de cette expérience et avoir sélectionné non pas les Jeunes les plus à l’aise à l’oral, mais les plus motivés et ceux à fort potentiel. La formation s’appuie sur une pédagogie originale. Un cocktail qui mélange Art de la Rhétorique, slam et expression corporelle et se base sur une pédagogie qui favorise l’épanouissement personnel et s’articule autour de quatre axes : l’introspection pour comprendre l’opinion que l’on veut assumer face aux autres. Il faut aussi structurer sa pensée, écouter les autres. La formation est assurée par un avocat à la Cour de Cassation, Maître Bertrand Périer, un pro du Slam, Loubaki Lossalat, une metteuse en scène, Alexandra Henry et un professeur de chant, Pierre Derycke.
La finale se déroula en présence de Leïla Bekti et d’Omar Sy. Ce genre de projet donne une image positive de la banlieue et montre qu’avec de la bienveillance de la part des professeurs et une formation structurée et adéquate, des talents peuvent se révéler et des vocations naître.
Le concours Eloquentia existe maintenant sur tout le territoire et il y en a maintenant à Grenoble, Limoges, Nanterre … Un beau concept  avec une vision de société positive à encourager !

Sortie le 12 avril


Catherine Merveilleux