Le Jour et La Nuit
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Chouf, un film du réalisateur Karim Dridi

C’est au Pathé Plan de Campagne que Karim Dridi entouré de toute l’équipe du film est venu présenter son film Chouf à la presse.
Le thème du film est le suivant. « Chouf » ça veut dire « regarde » en arabe. C’est aussi le nom des guetteurs des réseaux de drogue de Marseille. Sofiane, 24 ans, brillant étudiant dans une école de commerce, intègre le business de son quartier, après le meurtre de son frère, un caïd local car il est  fermement déterminé à retrouver les assassins de son frère. Pour ce faire, il abandonne ses brillantes études et ses espoirs d’un avenir prometteur et meilleur. Il est rapidement aspiré dans la spirale infernale de la violence.

Ce film est le troisième de la trilogie marseillaise de Karim Dridi et a été entièrement tourné à Marseille avec des Jeunes des cités marseillaises. « Le premier opus Bye-Bye, en 1995 m’a permis de découvrir Marseille. Douze ans après, il y a eu Khamsa qui m’a permis de rencontrer des enfants et des adolescents des quartiers nord. Cette expérience  enrichissante a fait que sept ans plus tard, je suis revenu y tourner Chouf parce que chaque jour aux infos, j’entendais la liste macabre des Jeunes qui s’entretuaient à la Kalachnikov et que certains de ces Jeunes, je les connaissais… Je me suis dit qu’il fallait que je revienne à Marseille pour voir, pour comprendre, peut-être pour témoigner. »a déclaré le réalisateur.
«Le casting a été fait parmi des Jeunes qui vivent tous les jours ce que je raconte dans « Chouf ». Pendant deux ans, j’ai animé des ateliers de comédie avec ces Jeunes et j’écrivais le scénario en parallèle. Le héros, Sofiane a finalement été incarné par un jeune homme d’origine marseillaise, comédien du Conservatoire, Sofiane Khammes.  Les autres débutent. Ils ont beaucoup de talent. Le film s’appelle Chouf parce que je voulais interpeller le spectateur, le citoyen, le politique. Je voulais leur dire: «  Regardez ce qui se passe dans les Quartiers ! » Ces quartiers sont un ghetto, ils sont un peu l’antichambre de la prison. En revenant à Marseille, j’ai d’ailleurs retrouvé un des petits acteurs de Khamsa qui avait été condamné à 25 ans de prison. Ce ghetto est un vivier de criminalité logique puisque s’y entassent misère et injustices. J’ai fait ce film pour parler du déterminisme social. Ces Jeunes sont nés dans un milieu d’où il est difficile de sortir même quand certains font des études. Sofiane est un jeune français d’origine maghrébine qui a bien travaillé à l’école, qui a eu la chance d’avoir des parents qui se sont occupés de lui. Il a fait des études supérieures de commerce et pourtant, malgré tout, inexorablement, il n’échappera pas au déterminisme de son milieu. C’est une fatalité. Mon héros porte cependant sa part de responsabilité. Je ne l’excuse pas.  Il a eu, comme tout être humain, le choix grâce à son libre arbitre. Sa mère, sa fiancée l’exhortent à fuir, à reprendre ses études, à échapper à son destin. Il choisit délibérément de venger son frère. Ce que je souhaiterais, c’est que Chouf suscite des débats. J’espère que les gens qui le verront se poseront des questions. Il est difficile de pénétrer dans ces quartiers car ce serait mettre en péril le supermarché de la drogue, toute cette économie parallèle qui fait vivre des familles entières comme on le voit dans le film. J’ai pu le faire car ces Jeunes connaissaient mon film Khamsa. Il est difficile d’y être toléré ou accepté ».
Les Jeunes acteurs pendant toute la conférence de presse ont corroboré les propos de Karim Dridi, le chômage, les familles monoparentales, les frigos vides, la misère, le terrible engrenage de la drogue et pourtant, comme l’a dit l’un d’eux « s’il n’y avait pas de consommateurs, il n’y aurait pas de commerce de la drogue et ces consommateurs ne sont pas que des gamins des Cités, il y a des fils de bourgeois, des fils de juges, des fils d’avocats. Des petits blancs bien propres ! »

Le film a été projeté au Festival de Cannes. Les acteurs du film, tous issus des quartiers nord de Marseille comme les personnages qu’ils incarnent ont pu monter les mythiques marches du Palais des Festivals. Un symbole fort !
Un film de genre entre western et thriller remarquablement bien réalisé et monté avec des acteurs néophytes pour la plupart, mais qui crèvent l’écran. La fin est bouleversante. A la fin, on y voit un très jeune ado, presque un enfant tuer avec une Kalachnikov. Cette scène  est le reflet d’une terrible réalité. Les délinquants sont de plus en plus jeunes. Si l’on naît au mauvais endroit, le déterminisme social est implacable. Cette violence est un éternel recommencement et les nouvelles générations n’échappent pas à cette spirale infernale.

Catherine Merveilleux