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Festival du film israélien à Marseille :16° édition

C’est au cinéma Prado dirigé par Frédéric Perrin que vient d’avoir lieu l’ouverture du festival israélien en présence du consul général d’Israël, M. Barnéa Hassid.

La 16° édition de Regards sur le cinéma israélien a lieu du 17 au 23 juin aux cinémas le Prado et le César. Il est cette année parrainé par l’acteur Lionel Abelansnski. Avec près de 60 films à son actif, Lionel Abelanski a tourné avec de nombreux réalisateurs comme Pascal Elbé, Michel Hazanavicius, Eric Toledano et Olivier Nakache, Woody Allen ou  Kad Merad.
L’idée d’un festival israélien est née à Marseille et c’est Xavier Nataf qui en est l’instigateur et le maître d’œuvre. Regards sur le cinéma israélien présente depuis 16 ans de nombreuses facettes du cinéma israélien, qui n’est jamais un cinéma qui fait du prosélytisme, mais au contraire un cinéma très subjectif qui touche à l’Intime et qui atteint ainsi l’Universel qui est en tout être humain. Le film présenté en ouverture, lors de la soirée de gala, était « Fin de Partie », une comédie noire de Sharon Maymon et de Tal Granit, qui parle avec un humour irrésistible et décapant d’un sujet grave, celui de l’euthanasie pour les êtres humains en phase terminale.
L’idée d’aborder ce sujet est inspirée de l’histoire personnelle de Tal Granit. L’élément déclencheur, confie le jeune homme, a été pour lui, la mort d’Helga, la grand-mère de son ex-petit ami. Elle souffrait d’un cancer et était sous antalgiques, les derniers mois de sa vie, mais souffrait le martyre. Pour ses proches, la mort était une délivrance, un soulagement. Mais même après sa mort, les médecins ont tout tenté pendant une demi-heure pour la ramener à la vie.
Le problème éthique abordé par les réalisateurs est celui de l’acharnement thérapeutique pour des êtres humains pour qui la souffrance et surtout le sentiment de leur déchéance physique sont intolérables. Est ce humain de s’acharner ainsi ?
Le synopsis du film est le suivant : Cinq pensionnaires d’une maison de retraite de Jérusalem ne supportent plus de voir souffrir l’un de leurs amis malade. A la demande insistante de son épouse, ils trouvent une solution pour abréger ses souffrances et le conduire dans l’au-delà, ce qui n’est pas sans leur causer des états d’âme et des dilemmes moraux.
Le film est traité avec un humour rare et l’on comprend mieux pendant la projection pourquoi, un petit paquet de kleenex est distribué aux spectateurs à l’entrée de la salle de cinéma «pour rire ou pour pleurer», car effectivement pendant tout le film l’on oscille entre rires et larmes. Certaines scènes comme celles où les pensionnaires de la maison de retraite en cavale se font arrêter par un policier  pour infraction au code de la route sont de purs morceaux d’anthologie. C’est à mourir de rire. Comme le dit Tal, là encore avec dérision : « Il s’agit d’humour juif… car nous sommes juifs et que l’autodérision et l’humour restent nos meilleurs armes pour faire face à la mort et aux situations tragiques. Cela rend ce sujet sensible plus accessible au public, autrement ce qui est décrit serait tout simplement intolérable.
Le sujet est polémique et donc sujet à la controverse car légalement l’euthanasie est interdite en Israel. La religion juive est formelle sur le sujet et ne permet pas que l’on attente à la vie d’autrui. La vie est sacrée. Le sujet a cependant bien été accueilli en Israel , il a suscité une discussion sur le sujet et nous avons été sollicités pour faire partie d’une commission sur cette problématique sociétale délicate. Le casting, lui aussi permet de casser une tension dramatique qui serait intolérable car les acteurs sont des acteurs emblématiques de la comédie en Israel. Les deux rôles principaux ont d’ailleurs été écrits pour Ze’ev Revach et Levana Finkelshtein qui sont des icônes en Israël.»
Un film humain, infiniment, profondément humain, qui parle aussi de la rupture, de la séparation, mais aussi de la liberté, de la liberté de choisir sa vie comme pour le couple d’homosexuels, qui seniors, se sentent plus libres de s’affranchir des conventions sociales et des tabous et de se battre pour ce qui leur paraît juste. Il parle aussi de la liberté, bien sûr, de choisir sa mort et de garder sa dignité d’être humain jusqu’aux confins de la vie. Un film à voir absolument.
Un film exceptionnel et rare.

Catherine Merveilleux

 

 Sur les images : Xavier Nataf , Tal Granit, Sharon Maymon, Barnéa Hassid