Le Jour et La Nuit
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Je ne suis pas un salaud

Je ne suis pas un salaud est un film existentiel remarquablement interprété par un Nicolas Duvauchelle qui ressemble de plus en plus à Patrick Dewaere tant par son jeu que par sa sensibilité à fleur de peau.

Le personnage qu’il interprète est complexe, fragile, très préoccupé du regard des autres et de son image. Immature, il est dans l’impossibilité de coller au schéma de vie à laquelle il aspire. La confiance d’Eddie en lui même n’est jamais acquise, elle est toujours vacillante. Emmanuel Finkiel, le réalisateur qui a écrit le scénario dit, s’être inspiré du personnage de Meursault, héros de l’Etranger d’Albert Camus. «Lorsque Meursault s’apprête à planter son couteau dans le corps de l’Arabe qui est en face de lui, Camus prend soin de nous dire que ce n’est ni à cause de l’altercation qui a eu lieu auparavant ni à cause de ce qui est dit. Il évoque la chaleur, le bruit, le reflet du soleil sur la lame. C’est le même mécanisme qui pousse Eddie à dénoncer Ahmed, il le fait à cause d’une convergence de circonstances et s’enlise ensuite dans sa méprise. Il s’enferre.»
L’idée du film qu’il vient de réaliser est venue à Emmanuel Finkiel de la mésaventure arrivée à l’un de ses amis, Ahmed disparu de la circulation pendant 6 mois. «Lorsqu’il est réapparu, il m’a raconté ce qui lui était arrivé.» explique le réalisateur lors de notre rencontre à l’Hôtel du Roy René à Aix-en-Provence. « Un type s’était fait gravement agresser en bas du bloc de son immeuble dans la cité où il vivait et avait entendu prononcer le prénom Ahmed, lors de son passage à tabac. Comme dans le film, la police avait arrêté tous les Ahmed de la Cité et le type s’était obstiné à reconnaître mon ami. Ce type était pour moi une énigme. Pourquoi s’était-il entêté contre toute logique ? C’est à partir de cette réflexion que j’ai construit le personnage d’Eddie interprété par Nicolas Duvauchelle.»
Le synopsis du film  est le suivant : Lorsqu’il est violemment agressé dans la rue, Eddie désigne à tort Ahmed, coupable idéal qu’il avait aperçu quelques jours avant son agression. Alors que la machine judiciaire s’emballe, Eddie essaye de reconstruire son couple et sa famille. Grâce à son épouse interprétée par Mélanie Thierry, il retrouve un travail qui le fait sortir de la spirale du chômage. Mais c’est un insatisfait chronique. Il déteste son nouveau travail qui il faut bien l’avouer n’est guère valorisant, il déteste son patron qu’il soupçonne de draguer sa femme et il ne se sent jamais heureux malgré l’amour très fort qui existe entre sa femme et lui.
Emmanuel Finkiel filme admirablement la faiblesse palpable d’Eddie, qui n’est peut-être pas un salaud, mais, qui à coup sûr n’est pas un héros. Son manque d’amour pour lui même, d’appétence pour la vie le feront sombrer dans une lente descente aux enfers.
Un drame bouleversant filmé avec beaucoup d’empathie par le réalisateur qui dit aimer son personnage. Et cela se voit ! Emmanuel Finkiel prépare actuellement une adaptation de la Douleur de Marguerite Duras, le journal qu’elle écrivit en 1944 lorsque son mari Robert Anselme fut arrêté, déporté et interné dans les camps.

 

Sortie sur nos écrans le 24 février
Casting Mélanie Thierry, Nicolas Duvauchelle

Catherine Merveilleux