Le Jour et La Nuit
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L’Outsider, l'affaire Kerviel vue par Christophe Barratier

Le dernier film de Christophe Barratier intitulé l’Outsider est un excellent thriller qui plonge le spectateur dans l’univers impitoyable du trading et le fait pénétrer dès les premières minutes dans la spirale infernale, qui de 2000 à 2008, conduisit Jérôme Kerviel à faire la Une de tous les journaux pour avoir été l’auteur de la plus grande fraude de trading de tous les temps.

 

Au départ rien ne prédestinait Christophe Barratier, le réalisateur des Choristes à parler du monde de la Finance, dont avoue t-il, il se sentait bien éloigné jusqu’à ce qu’un ami lui amène un soir à dîner un invité surprise, qui était, en fait, Jérôme Kerviel. «L’histoire de ce jeune homme m’a tellement passionné que nous avons parlé jusqu'à 5h du matin. Ce qui est incroyable dans son histoire, c’est qu’il n’a jamais volé un centime pour lui-même. Il n’a fait que masquer des profits. Mon film n’est pas un réquisitoire contre la Société Générale. Ce n’est pas non plus un plaidoyer en faveur de Jérôme Kerviel. Au départ, ce jeune homme, Bac+5, d’origine modeste, bon élève, dont la maman travaillait dans un salon de coiffure et le papa dans une chaudronnerie n’a fait qu’appliquer ce que tout le monde  autour de lui faisait, à savoir des Spiels et des Carpets. Il est entré dans un système. Petit à petit, il est entré dans un engrenage, pris d’une sorte d’ivresse, d’addiction. A partir de Janvier,  Il n’a plus eu aucun garde-fou, aucune barrière. Il était en roue libre. Ce qui est paradoxal, c’est que ni ses alter-ego, ni sa hiérarchie n’ait rien vu, n’ait rien su …Ce qui m’intéressait dans ce film, c’était d’explorer comment quelqu’un d’honnête, un mec anti Bling Bling qui vivait dans un simple deux pièces à Neuilly, qui se déplaçait dans Paris avec une simple carte Navigo, qui ne consommait pas de drogue, n’avait pas une vie dissolue, ne fréquentait pas de prostituées a pu se brûler les aîles. Autodidacte, Jérôme Kerviel s’interroge aujourd’hui. «Je n’étais peut-être pas fait pour être trader …» Il est vrai qu’il n’appartenait pas au sérail, à la caste des Enarques et que plus qu’un désir de s’enrichir, c’est peut-être une volonté de performance, un certain absolutisme qui l’a motivé. Dès le début, je pense qu’il était dépourvu d’une certaine morgue, d’un certain cynisme, d’une certaine perversion. Je ne sais pas quel accueil va réserver la Société Générale à mon film. A mon sens, il n’a rien de diffamatoire. Des Juristes y ont veillé. Peut-être, la Société Générale va t-elle m’attaquer sur l’utilisation du Logo, mais je le répète, même si le film fait éprouver une certaine empathie pour Jérôme Kerviel, ce n’est en aucun cas un réquisitoire contre la Société Générale ou un plaidoyer pour Jérôme Kerviel. Je m’étonne simplement que personne pendant si longtemps n’ait rien soupçonné, n’ait rien vu.»

Sortie sur nos écrans le 22/06/2016

Catherine Merveilleux