Le Jour et La Nuit
Le Jour et La Nuit

La Promesse de l’aube

 

C’est au Péninsula à Paris que j’ai eu le plaisir de rencontrer le réalisateur Eric Barbier qui venait présenter son film, La Promesse de l’aube, une adaptation du roman éponyme de Romain Gary. Il était accompagné de Charlotte Gainsbourg et de Pierre Niney, les interprètes  de ce film très réussi.

 

 

Comme le roman, le film, La Promesse de l’aube relate la relation fusionnelle de Romain Gary avec sa mère, une ex-actrice déçue qui se projette dans le devenir de son fils unique qu’elle idolâtre et en qui elle place tous ses espoirs. Il sera Victor Hugo, sauvera la France et la vengera de toutes les frustrations qu’elle a subies et de toutes les humiliations qu’elle a vécues.

 

Le synopsis est le suivant : De son enfance difficile en Pologne en passant par son adolescence sous le soleil de Nice, jusqu’à ses exploits d’aviateur en Afrique pendant la Seconde Guerre Mondiale… Romain Gary a vécu une vie extraordinaire. Mais cet acharnement à vivre mille vies, à devenir un grand homme et un écrivain célèbre, c’est à Nina, sa mère, qu’il le doit. C’est l’amour fou de cette mère attachante et excentrique qui fera de lui un des romanciers majeurs du XXème siècle, à la vie pleine de rebondissements, de passions et de mystères. Mais cet amour maternel sans bornes sera aussi son fardeau pour la vie…

 

Pierre Niney, l’inoubliable interprète d’Yves Saint-Laurent, qui vient de devenir lui-même papa d’une petite fille, la veille de notre rencontre presse est très crédible dans le rôle de Romain Gary à la fois tourmenté et boosté par une mère, qui a des ambitions démesurées pour lui. Elle aurait pu par son investissement démesuré le bloquer. Elle l’a au contraire poussé à se dépasser et à réaliser l’impossible. Pierre Niney confie : «J’ai adoré interpréter ce personnage excessif, mythomane, ce génie hors-normes, qui a mené une vie romanesque et aventureuse et qui a même provoqué en duel Clint Eastwood qui avait une liaison avec sa compagne Jean Seberg. Sa vie est incroyable.»
Charlotte Gainsbourg, quant à elle confie: «Il est rare d’avoir la chance d’incarner un rôle pareil. Physiquement, le personnage ne me correspondait pas du tout . Il a fallu me grimer, me rajouter des seins, des hanches avec des prothèses, me mettre un postiche. Pour interpréter ce personnage fort, j’ai puisé dans les réminiscences de mon enfance. Je me suis inspirée de ma grand-mère, la mère de mon père, d’origine russe. Mon grand-père était mort. C’était une femme seule, autoritaire qui gérait tout  et qui avait un caractère pas commode. Je me suis inspirée de son côté slave. J’ai adoré jouer ce rôle. Je ne cherchais pas à être jolie. Je cherchais au contraire à être le moins distinguée possible. L’enjeu n’était pas d’être séduisante. Je devais plaire à mon réalisateur, Eric Barbier, être ce qu’il attendait  de moi. Cela m’a rappelé mes débuts. Le petit garçon qui incarne Romain Gary, enfant, m’a lui aussi rappelé mes débuts. Dans certaines scènes violentes, il n’était pas prévenu de ce qui allait se passer. Cela me faisait souffrir pour lui. Ce rôle m’a passionnée. Pendant tout le tournage, j’ai pensé à mon propre fils. La mère de Romain Gary avait des pulsions d’amour intenses à tendance incestueuse, mais paradoxalement elle rêvait  qu’il soit un grand séducteur qu’il ait toutes les femmes à ses pieds. C’est un personnage très ambivalent. J’espère de jamais être cette femme à la fois toxique, éperdue d’amour mais terriblement motivante. Je tiens à le préciser que je ne me suis pas du tout inspirée de ma propre mère, Jane Birkin qui est douce et gentille (rires).»
Eric Barbier, quant à lui, conçoit le personnage de Romain Gary comme celui d’un garçon qui a vu sa mère humiliée : « Pour moi, son histoire est l’histoire d’une vengeance, d’une revanche sur la vie. Mon film est différent de celui de Jules Dassin qui était un hommage, une ode à sa compagne Mélina Mercouri. Mon film est l’histoire d’une femme qui voulait être actrice, qui vendait des chapeaux, qui a été humiliée, traitée plus bas que terre et qui rêve que son fils la rende célèbre. Le traumatisme central se construit quand la police fait irruption chez eux et humilie sa mère. Il décide alors de s’élever socialement pour se venger des gens qui ont ri d’elle. »

 

Un film magnifique avec des interprètes hors-normes


Sortie le 20 décembre


Catherine Merveilleux