Le Jour et La Nuit
Le Jour et La Nuit

Recommandez cette page sur :

Le Mal de pierres de Nicole Garcia

Nicole Garcia était au Cézanne à Aix-en-Provence pour l’avant-première de son dernier film Mal de pierres. Nous l’avons rencontrée à l’Hôtel du Pigonnet.

 

Mal de pierres raconte l’histoire de Gabrielle, une jeune fille élevée dans la petite bourgeoisie provinciale agricole où son rêve d’une passion absolue fait scandale. A une époque où l’on destine les femmes au mariage, elle dérange, on la dit folle. Ses parents la donnent alors en mariage à José, un ouvrier saisonnier, chargé de faire d’elle, une femme respectable. Gabrielle a alors l’impression d’être enterrée vivante. Lorsqu’on l’envoie en cure thermale pour soigner ses calculs rénaux, son Mal de pierres, un lieutenant blessé pendant la guerre d’Indochine, André Sauvage, fait renaître chez elle cette urgence d’aimer  qu’elle avait connue avec l’instituteur du village dont elle était tombée éperdument amoureuse. Elle se jure de fuir avec le beau lieutenant blessé et il semble répondre à son désir. Cette fois, on ne lui prendra pas ce qu’elle nomme « la chose principale ». Gabrielle veut aller au bout de son rêve. Le film de Nicole Garcia est l’adaptation du best seller de Milena Agus Mal de pierres. Sans trahir le livre, la réalisatrice se l’est approprié. « J’ai fait quelques modifications, dans le livre, l’héroïne  mourrait et c’est sa petite fille qui en lisant une lettre tombée d’un livre découvrait qui avait été sa grand-mère, mais j’ai gardé l’âme du livre. C’est mon film le plus personnel, estime -t-elle. Le destin de cette femme incarne pour moi la puissance créatrice dont nous sommes tous capables lorsque nos aspirations nous conduisent aux extrémités de nous mêmes, à notre propre dépassement. Chez Gabrielle, il y a depuis le début de sa vie cette très forte aspiration charnelle qu’elle appelle la chose principale, cette échappée belle du désir et de l’amour, cette ardeur animale condamnée par la société des années 50. Il y a bien sûr quelque chose de charnel et de sensuel dans cette quête du plaisir ,mais aussi quelque chose de sacré, de mystique, de christique et pendant les 17 ans où le film l’accompagne, elle ne perd rien de sa force pulsionnelle, elle ne renonce jamais et sous son apparente soumission, elle n’abdique pas. Lorsqu’elle rencontre enfin ce grand amour, ce moment extatique qui pourrait donner un sens à sa vie, mais que le destin risque de lui ravir à nouveau, elle va jusqu’au bout de sa passion. Quelque chose dans la folie des femmes m’attire, surtout lorsqu’elles portent en elle une fêlure,une fragilité comme Gabrielle.»
Marion Cotillard est sublime aurait mérité un prix d’interprétation au Festival de Cannes où le film était présenté en sélection officielle. Quant aux personnages masculins José, le mari (Alex Brendemühl) et Sauvage, l’amant (Louis Garrel), ils sont bluffants de crédibilité.
Un très beau film sur le désir des femmes, leurs fantasmes et leurs pulsions condamnées par une société bien pensante.On peut même parler de chef d’œuvre.

 

Catherine Merveilleux