Le Jour et La Nuit
Le Jour et La Nuit

Maria by Callas in her own words, un film de Tom Volf avec Fanny Ardant

Rencontre avec Tom Volf, le réalisateur du film et Fanny Ardant qui incarne Maria Calas.

Il y a 40 ans, Maria Callas disparaissait. A priori, rien ne prédestinait un très jeune homme, Tom Volf,  étudiant à New York à rencontrer cette diva jamais égalée et à mettre sur orbite un projet pharaonique englobant un film, 3 livres et une exposition.

 

 

Âgé de 31 ans aujourd’hui, il avait à l’époque, étudiant, découvert par hasard Maria Callas à New.York. A la suite de ce véritable coup de foudre, il éprouva l’irrésistible et inconditionnelle envie de réaliser un film sur cette légende éternelle et universelle qu’est et que sera toujours Maria Callas.

 

Propos recueillis auprès de Tom Volf et de Fanny Ardant

 

Catherine Merveilleux : Tom, pouvez vous nous raconter l’Odyssée que représente pour vous la réalisation du film Maria by Callas ?

Tom Volf : Très vite, je me suis rendu compte que le film ne pourrait pas tout contenir car lors de mes investigations, j’avais amassé une quantité impressionnante de trésors que je n’envisageais pas de garder dans l’ombre. En possession de ces pépites, j’ai éprouvé le besoin irrésistible de partager, de faire connaître aux profanes comme aux mélomanes les documents précieux que j’avais récoltés auprès des proches de Maria Callas aux 4 coins du monde. Le film qui était le projet initial a donc été accompagné de trois livres et d’une exposition à la Seine musicale. Mon travail de recherche a duré 5 ans. Je me suis fixé une règle drastique en ce qui concerne le film, celle de ne pas avoir de commentaires extérieurs. Tous les mots du film sont ceux de Maria Callas, prononcés par elle-même, lors d’interviews ou par Fanny Ardant lorsqu’elle lit certaines de ses lettres ou des extraits de ses mémoires inachevées. Le film nous plonge en totale immersion dans l’intimité de Maria Callas, cette icône, cette diva qui produit un effet magique sur tous ceux qui l’écoutent. J’ai récemment vu sur You Tube un enregistrement où une tribu du bout du monde écoutait un enregistrement de Maria Callas. L’homme filmé était bouleversé et une larme coulait le long de son visage. Interrogé sur son ressenti, il expliquait que ce qu’il venait d’écouter était de nature divine, transcendantale, que cela lui faisait penser à des chants rituels appartenant à sa culture. Une des lettres de Maria Callas à Aristote Onassis finit par : « Je t’aime corps et âme.» C’est une femme entière, passionnée qui vit dans l’Absolu, qui s’est sacrifiée en tant que femme pour se consacrer toute sa vie à son art. Mon film est dédicacé à Ferruccio, son majordome et à Bruna, sa femme de chambre, qui sont restés à ses côtés pendant 25 ans et qui l’aimaient d’un amour inconditionnel. Ils n’ont jamais donné d’autres interviews et ils veillaient farouchement et jalousement sur sa mémoire. Maria les considérait comme sa famille. Ils m’ont  fait confiance et m’ont donné une interview inédite de David Frost réalisée en 1970. Elle est le fil rouge du film.»

 

 

C.M. : Fanny, Tom Volf dit que vous vous êtes imposée à lui comme une évidence pour incarner Maria Callas. Etait-ce pour vous aussi une évidence ? Vous sentez-vous en osmose avec cette icône intemporelle, avide d’Absolu ?
Fanny Ardant : Dans le film, je lis les lettres qu’elle a écrite à son professeur de chant, Elvira de Hidalgo, rencontrée à Athènes. Lorsque l’on m’a proposé d’incarner Maria Callas dans le film de Tom Volf, je n’avais jamais lu de biographies à son sujet. Par contre, j’avais déjà interprété le rôle de Maria Callas dans Master Class, de Terrence McNally et c’était pour moi une vieille connaissance, une Madeleine de Proust, car, enfant, mes parents m’avaient offert un vinyle de Carmen interprété par Maria Calas. Je l’avais adoré. Je l’avais écouté en boucle. C’est une personne avec qui, j’ai de nombreux points communs. Je pense comme elle qu’il est important qu’un artiste ne considère jamais rien comme acquis. Se reposer sur ses lauriers n’ est  que le début de la mort de l’âme. Son souci d’Absolu, de perfection en font pour moi un personnage attachant en qui je me reconnais.

C.M. : Maria Callas disait : "Il y a deux personnes en moi, Maria et La Callas…» En tant qu’actrice avez-vous, tout au long de votre carrière, vécu cette dichotomie ? Cette dualité entre la femme et l’image que l’actrice donne à son public

F.A. : Non, car en fait, je n’ai toujours accepté que des rôles qui me correspondent, qui me ressemblent ou auxquels je peux m’identifier. Il n’y a pas pour moi de dichotomie entre Fanny et Ardant comme il y avait une dichotomie entre Maria et Callas. Il y a une cohérence entre ce que je joue et ce que je suis. Un acteur porte un masque, mais il ne livre que ce qu’il a à l’intérieur, que ce qu’il est intrinsèquement.

C.M. : Le film retrace cette dualité, ce dilemme, cet écartèlement entre la femme qui rêve d’être une épouse et une mère et l’artiste habitée par son art et son désir de perfection. Qu’en pensez-vous ?

F.A. : Je comprends sa frustration, en tant que femme, mais en lisant ses lettres, en écoutant ses interviews, je me suis à plusieurs reprises surprise à penser qu’une femme au foyer avec des enfants, ayant abandonné toute ambition de carrière artistique pouvait, elle aussi, se sentir frustrée. Il est difficile de tout avoir…

C.M. : Maria Callas vit une véritable tragédie lorsque elle est traînée dans la boue lorsque qu’à l’Opéra de Rome, elle doit annuler sa prestation et qu’elle est alors traînée dans la boue. Est-ce la même chose pour une actrice lorsqu’elle est malade ?

F.A. : Il m’est arrivé au théâtre de me retrouver, malade dans ma loge, avant le spectacle et de me dire, je ne pourrai jamais entrer en scène. Mais, en fait, paradoxalement ces soirs là, je crois que dans un état second, l’adrénaline aidant, je n’ai jamais si bien joué. Ce n’est pas la même chose pour une diva. Si sa voix est fragilisée elle ne peut pas assurer sa prestation.

 

Le film est un biopic à partir de documents, c’est vraiment un film intime sans jugement extérieur. C’est Maria Callas, elle-même qui se confie, qui se livre en toute sincérité avec ses propres mots, lors d’interviews, dans des lettres à des amis ou à des proches.
Artiste en quête d'absolu devenue icône planétaire, femme amoureuse au destin hors du commun, Maria by Callas est le récit d’une vie exceptionnelle à la première personne. Callas dévoile Maria, et révèle une personnalité aussi enflammée que vulnérable. Un moment d'intimité auprès d'une légende et toute l'émotion de cette voix unique au monde.

Un film hors-normes, intergénérationnel à voir en famille, pendant les fêtes de fin d’année qui séduira autant les profanes que les mélomanes avertis. Certains passages sont bouleversants, notamment celui où Maria Callas écrit une sublime lettre d’amour à Aristote Onassis.  Les mots sont prononcés par Fanny Ardant et se superposent à des images de de la liaison de son amant Aristote Onassis avec Jackie Kennedy dont ,dans sa candeur, elle ignorait encore tout. Le montage est dû à Janice Jones qui monta l’Enfer de Clouzot. Du grand art !


Sortie sur nos écrans le 13 décembre

Catherine Merveilleux

 


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