Le Jour et La Nuit
Le Jour et La Nuit

MP2018 Quel Amour ! et « La Nuit »

Le thème de MP2018 est « Quel Amour !». Nawyr Haoussi Jones, réalisateur marseillais et créateur de Yes We Cannes Production a eu l’idée d’un long métrage participatif qui unirait plusieurs cinéastes locaux. Il a sélectionné 11 cinéastes marseillais dont il aimait l’univers et leur a proposé de réaliser chacun un court métrage sur le thème de l’amour à Marseille pour en faire un long métrage dans le style des films Paris, je t'aime ou New-York I love you. Ils n’ont eu aucun budget.
Ce long métrage s’intitule « La journée d’Eros » et a été diffusé au cinéma Les Variétés, le 14 février à 20 h, lors de l'ouverture de Marseille capitale culturelle 2018.
Parmi les 11 films présentés nous avons eu un coup de coeur pour celui de NAÏS GRAZIANI qui a choisi de réaliser son film sur l’amour de la nuit. 

Le Jour et La Nuit : Naïs Graziani, pourquoi le thème du graffe dans votre film alors que cet art est très controversé ?

 

Naïs Graziani : J’ai eu l’occasion d’approcher de plus près le milieu du graffiti et de revenir sur mes jugements trop hâtifs : ce n’est pas une simple lubie, une manière de s’opposer obstinément à la société ; c’est une passion, un besoin. Un mot m’est soudain apparu : la foi. La mienne se trouve dans le cinéma : elle me permet d’y croire, d’abolir toutes les limites, de sauter de scène en scène, de voltiger de plan en plan. Les graffeurs que j’ai connus avaient pour moi une sorte de foi ; une foi qui leur permet de dépasser tous les obstacles, de sauter de toit en toit, de train en train, pour apposer leur « blaze », leur nom d’artiste, sur tous les supports à leur disposition.
Chaque nuit, ils mettent leur vie en danger, pour ne rien gagner mais avec la possibilité de tout perdre. La gratuité du geste en fait un art qui n’a plus à se justifier. Les graffeurs ne perçoivent ni rémunération, ni reconnaissance ; toujours anonymes, ils agissent pour eux-mêmes, pour exister, pour faire vivre leur art. Leur but n’est pas de faire passer un message aux autres mais d’exister eux mêmes.
Ce film est un hommage à Cofre, jeune graffeur marseillais de 19 ans, qui nous a quitté en aout 2017, lors d’une chute sur le troisième rail dans un dépôt de métros. Cofre. Ces cinq lettres ont envahi la ville. La ville entière restera marquée par son nom, il continuera d’exister comme une explosion de couleurs à chaque coin de rue. Il s’appelait Antoine et aura donné sa vie au graffiti.

 

J.N. : Et pourquoi le thème du transformiste associé à celui du graffeur ?

 

N.G. : C’est en rencontrant un jeune garçon qui allait plus tard devenir transformiste que je me suis intéressée à ce milieu si particulier. C’est avec cette deuxième identité qu’il a stabilisé son identité, son rapport aux autres et à lui-même.  J’ai commencé à entrevoir les points communs entre transformisme et graffitis, qui seraient le point de départ de ce film.
Ce qui m’a semblé flagrant et m’a donné envie de réaliser ce film, c’est le même amour et besoin de la nuit qui anime ces deux personnes : la nuit qui cache ; la nuit qui révèle. Je veux, à travers ce film, réunir deux mondes que tout semble opposer, deux univers peu et mal connus du grand public, souvent jugés hâtivement, et montrer qu’il suffit de changer son regard pour voir les choses différemment.

 

J.N. : Ce sont deux thèmes difficiles à aborder et assez mystèrieux, qu'est-ce qui vous a séduite…

 

N.G. : C’est un besoin de poésie qui m’anime sans cesse qui me donne envie de créer et de faire du cinéma. Je cherche à montrer la poésie dans le quotidien, dans tout ce qu’il y a de plus trivial. Dans mon précédent film « La Taupe », je montrais un boucher comme un peintre au tablier maculé de rouge, un beauf comme un grand jongleur ou une allumette graisseuse comme le moyen de faire décoller une fusée.

 

J.N. : Est-ce valorisant pour Marseille ?

 

N.G. : Je souhaite montrer la puissance de la ville de Marseille à travers la beauté de ces passions nocturnes hors normes à travers un feu d’artifices de lumières, de rythme et de couleurs.

 

J.N. : Votre approche est très originale…

 

N.G. : Je souhaite partir de ce qu’il y a de plus insignifiant pour en extraire ce qu’il y a de plus céleste. Après s’être inspirée du réel pour faire de l’art, « La Nuit » propose au public de s’inspirer de l’art pour égayer son réel. Pour cela, il offre une lucarne d’espoir en déjouant le pessimisme actuel et en réinjectant cette petite dose de poésie que l’on peut toujours trouver et que l’on oublie bien souvent.

 

SYNOPSIS « LA NUIT » :

La nuit, les princes de la ville, entrent en scène. Portrait de deux amoureux de la nuit, qui contrairement à ce que l’on pense, tout uni.

 

NAÏS GRAZIANI

 

Bien que très jeune elle a déjà croisé différents univers ; cela donne de la consistance à son film

 

Diplômée en 2015 d’un Master Professionnel d’audiovisuel option montage vidéo par la SATIS, c'est une jeune réalisatrice. Après quelques expériences en montage (au web de « Plus Belle La Vie » ou chez « Pages&Images »), elle a préféré se rediriger vers la mise en scène.

A 22 ans, elle commence assistante réalisatrice adjointe aux Guignols de l’Info. Puis, chef scripte sur le long métrage « Chouf » de Karim Dridi. Par la suite, elle enchaine les tournages comme assistante réalisatrice adjointe sur des téléfilms France 3 (« Le sang des Îles d’Or ») ou des séries France 2 (« Caïn »).

Cette année, elle a eu l’occasion, d’être, à son jeune âge, 1ère assistante réalisatrice sur le téléfilm France 3 « La vie ou la pluie » de Lavinie Boffy, tourné en Corse, sur les terres de ses origines.

Passionnée de hiphop, elle a également été chroniqueuse pour le site Génération Urbaine ainsi que photographe de concerts de rap (Nekfeu, Guizmo, Demii Portion, Arsenik, Set&Match) sur Marseille. Enfin, elle a réalisé le clip de Nakk Mendosa pour la mixtape « Marche Arrière » du Gouffre.

Depuis peu elle s'est lancée dans le casting, notamment assistante casting sur les film « Les aventures de Spirou et Fantasio » d’Alexandre Coffre, « Jonas » de Christophe Charrier ou encore « Gueule d’Ange » réalisé par Vanessa Filho avec Marion Cotillard, qui vient d'être terminé.

 

Passionnée, joviale, polyvalente, elle a réalisé son premier court métrage intitulé « La Taupe » qui vient d’être sélectionné au Festival de Fecamp. C’est avec fougue qu'elle s'est’attelée à 25 ans à la réalisation de son deuxième film « La Nuit » qui participera au long métrage participatif d’ouverture de Marseille Capitale Culturelle 2018.

« La Nuit » a été tourné en partie sur la scène du célèbre « Music-Hall » à Gignac.

 


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