Le Jour et La Nuit
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Réparer les vivants, le dernier film de Katell Quillévéré

C’est au cinéma du Prado à Marseille à l’occasion de l’avant-première de son film « Réparer les vivants » que j’ai rencontré Katel Quillévéré, la réalisatrice du film « Suzanne » primé à Cannes. Elle a rencontré les journalistes pour leur parler  de son très beau film tiré du roman éponyme de Maylis de Kerangal. Elle était accompagné de Karim Leklou, l’un des acteurs principaux du film.

 

 

Le synopsis du film est le suivant :
Tout commence au petit jour dans une mer déchaînée avec trois jeunes surfeurs. Quelques heures plus tard, sur le chemin du retour, c’est l’accident. Désormais suspendue aux machines dans un hôpital du Havre, la vie de Simon n’est plus qu’un leurre. Au même moment, à Paris, une femme attend la greffe providentielle qui pourra prolonger sa vie... Le film est la convergence de ces deux trajectoires de vie. Katel Quillévéré confie avoir été séduite dès les premières lignes par le roman de Maylis de Kerangal qu’elle a dévoré d’une traite. C’est l’une des raisons pour lesquelles, explique-t-elle, elle a souhaité le transposer à l’écran, mais confie-t-elle, elle a aussi eu aussi l’envie de transposer son propre vécu à l’Hôpital dans une sorte de catharsis purificatrice. Obtenir les droits du roman a pris du temps car elle n’était la seule à vouloir adapter le roman sur grand écran. Le film pose le problème de la transplantation d’organes car le jeune héros du film, Simon, même s’il respire encore, est en état de mort cérébrale et n’est maintenu en vie que grâce aux machines. Il est donc proposé à ses parents de décider s’ils acceptent de faire don de ses organes pour sauver une vie. Pour ceux-ci interprétés par Emmanuelle Seigner et par
Kool Chen, le dilemme est cruel  et insoutenable. D’autant plus qu’ils doivent prendre cette décision cruciale en  quelques heures et qu’ils sont en état de choc.

La réalisatrice confie « avoir effectué un stage à l’Hôpital de la Salpétrière et rencontré, avec toute l’équipe du film,  des  infirmiers et des chirurgiens  qui leur ont permis d’ assister à une greffe du cœur. Les scènes de bloc sont extrêmement véridiques sur les gestes, la chronologie des opérations. C’était essentiel pour la véracité que le film soit irréprochable au niveau de la crédibilité. Toute la difficulté était de montrer le côté technique mais aussi sacré. Une greffe est quelque chose de très matériel qui relève de la plomberie, de la couture, mais en même temps quelque chose de magique. Le chirurgien effectue quelque chose de très technique, mais devient à un moment stratégique un démiurge, un être doué de pouvoirs divins qui est capable de donner la vie à quelqu’un de condamné à mort à plus ou moins brève échéance. Dans ses actes, il y a une dimension métaphysique. Où commence la vie ? Où s’arrête -t-elle ? La mort cérébrale est la mort technique, officielle, juridique, mais il y a aussi la mort symbolique, affective qui passe par le cœur. A quel moment doit-on accepter le fait que la mort est inéluctable ? L’adieu au jeune héros, Simon ne se fait qu’une fois que son cœur le quitte ».

Le casting est de qualité. A Tahar Rahim et Karim Leklou qui ont l’habitude de travailler avec Katell Quillévéré s’ajoutent de bons acteurs comme Emmanuelle Seigner, Anne Dorval, Finnegan Oldfield ou Alice Taglioni. Le rappeur Kool Chen, cofondateur de Suprême NTM avec Joey Star rejoint ces acteurs confirmés pour sa deuxième prestation cinématographique, après celle qu’il avait effectué dans «Abus de faiblesse» pour Catherine Breillat. Il interprète le rôle oh ! combien difficile du père du jeune Simon. Karim Leklou, quant à lui, est sorti très ému de cette expérience. « C’est un film qui me tient à cœur. Les chirurgiens cardiaques sont des passeurs de vie, des êtres humains disponibles, qui ne comptent pas leurs heures et qui montrent un dévouement sans pareil à leurs malades. C’est de leur part beaucoup de sacrifices et d’abnégation. Ils sont vraiment dignes d’admiration ».

Le film pose le problème éthique du don d’organe. Un problème humain auquel il est impératif de réfléchir car ce que beaucoup ne savent pas, c’est que la loi française prévoit que tout être humain, en cas de mort cérébrale, est un donneur potentiel sur qui des organes sont susceptibles d’être prélevés, sauf s’il a stipulé par écrit qu’il s’y opposait.


Sortie au cinéma le 2 novembre


Catherine Merveilleux