Meryem Benm’Barek © Catherine Merveilleux
Le synopsis est le suivant : Mehdi voit sa relation avec Selma bouleversée lorsqu’il rencontre Marie, une riche Française dont les parents ont acheté une luxueuse villa dans la kasbah. Ebloui, attiré par la vie mondaine et brillante que mène celle-ci, il délaisse Selma qui, croyante se refuse au début à lui, puis finit par lui céder. Marie, elle, est une femme occidentale libérée, aux mœurs libres, sans tabous. Lorsqu’il la rencontre, Mehdi éprouve immédiatement du désir pour elle mais il est, en même temps, attiré par la perspective de l’ascension sociale qu’elle peut lui permettre de réaliser.
Meryem Benm’Barek, la réalisatrice du film, d’origine marocaine, explique qu’elle a longtemps vécu à Tanger qu’elle connaît bien. Elle y a constaté la présence de riches étrangers, collectionneurs d’art qui,comme les parents de Marie, achètent de somptueuses maisons. Dans ce contexte, Tanger est sous la pression du tourisme
international avec le transit d’énormes capitaux et d’énormes spéculations immobilières.
Le contraste est important entre deux mondes : celui des Marocains et celui des richissimes occidentaux. Pour les jeunes Marocains, le plafond de verre est difficile à franchir. Cela donne aussi lieu à d’importants fantasmes coloniaux chez les riches occidentaux, notamment dans le domaine sexuel comme dans c’est le cas du personnage de Stacy qui fantasme sur la sexualité de l’homme arabe. Dans ses fantasmes, le mâle arabe est imaginé comme un mâle sexuellement performant et puissant.
Dans ce contexte, dans cette société à deux vitesses, les inégalités sont importantes, en ce qui concerne l’accès aux droits à la santé, à la sécurité sociale, à l’interruption volontaire de grossesse. Les privilégiées peuvent payer ou partir à l’Etranger dans de somptueuses cliniques privées, sans avoir recours aux service des faiseuses d’anges.
Dans son premier film, «Sofia», Meryem Benm’Barek abordait déjà ce problème et montrait comment certaines femmes pouvaient échapper aux dangers des avortements clandestins, en s’envolant pour l’Etranger.
Mehdi est ébloui par Marie, femme-enfant qui donne l’impression de flotter, aérienne ,dans une robe blanche. Elle ouvre à Mehdi de nouveaux horizons et il imagine avec candeur qu’elle l’aidera à franchir le plafond de verre auquel l’assigne sa condition.
Le personnage de Clothilde, la mère de Marie, interprétée par Carole Bouquet incarne un matriarcat capitaliste. C’est elle qui détient le pouvoir, qui tient les rênes car c’est elle qui possède l’argent. Le père de Marie interprété par Olivier Rabourdin a épousé une femme riche, il est doux et effacé et n’a pas le droit à la parole. Dans ce film, les déterminismes familiaux et sociétaux sont importants et lourds de conséquences. Marie dépend de sa mère. Mehdi est l’héritier d’une injonction familiale, il doit-on effet, reprendre l’entreprise familiale, Selma, orpheline est en charge de sa famille… Ils ne sont pas libres de leur destin.
Le personnage de Mehdi n’est pas un personnage manichéen. Ce qu’il fait est terrible mais le spectateur n’est pas sans éprouver une certaine empathie pour lui. Comme tous les personnages, il a sa part d’ombre. C’est un personnage un peu ambivalent. Écartelé entre ses traditions et son désir de dépasser le plafond de verre auquel le déterminisme de sa condition l’assigne. La réalisatrice a tenu, confie-t-elle, à ce que, dans son film, le spectateur puisse comprendre les motivations de chacun et éprouve de l’empathie pour chacun d’entre eux. Tous sont piégés dans leurs schémas familiaux, Marie n’est pas indépendante, Selma a des obligations familiales, tout comme Mehdi qui rêve d’échapper au déterminisme de sa condition mais qui est soumis à des injonctions familiales. A la fin, il ne reste plus à Mehdi que Dieu et sa mère. Désespéré, terrassé, il prie alors pour sa rédemption et pleure sur les genoux de sa mère.
Mehdi est victime de ce miroir aux alouettes que représente l’Occident et ses tentations pour les jeunes Marocains. Il croit à la promesse d’un Eldorado. Ecartelé entre deux femmes, il se laissera ensorceler par le chant des sirènes, abandonnera ses principes et perdra ce qu’il avait de plus précieux.
Un thriller qui mêle tragique et humour noir. L’histoire de Mehdi est, en fait, comme une tragédie grecque où la fatalité s’abat sur lui d’une manière inéluctable. A la fin, il prend conscience qu’il a perdu quelqu’un de précieux et d’irremplaçable. Le titre « Derrière les palmiers » révèle la face cachée du rêve touristique et des villas luxueuses de Tanger.
Le film a obtenu le Prix des lycéens aux Rencontres du Sud Cinéma d’Avignon. « Le film a été présenté en avant-première au Festival de Marrakech où il a été très bien reçu et il sortira au Maroc où il est très attendu.
Sortie du film : le 1°avril
Réalisation : Meryem Benm’Barek
Casting : Sara Giraudeau, Driss Ramdi, Nadia Kounda, Carole Bouquet, Olivier Ragourdin
Pyramide Distribution, Rencontres du Sud, Sara Giraudeau, Driss Ramdi, Nadia Kounda, Carole Bouquet, Olivier Ragourdin, Meryem Benm’Barek
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