Le Jour et La Nuit
Le Jour et La Nuit

Le dernier roman de Natashka Moreau, un voyage initiatique passionnant

Menus débordements au pays du matin calme est le 5° roman de Natashka Moreau. Comme ses précédents romans, c’est une histoire sans histoire, mais ce n’est qu’une apparence car même s’il n’y a pas d’événementiels démentiels, de rebondissements, son écriture ciselée, à la fois précise comme un scalpel et poétique va à l’essentiel.

Son héros, Holden apparement calme et sans histoire cache au fond de son être une blessure d’enfance qui a ébranlé tout son être et l’a empêché de construire son identité par rapport aux autres. Le roman est l’histoire de sa renaissance et de sa quête de la vérité. Sans qu’il en ait conscience, il traverse une crise existentielle depuis de longues années et ne sait pas se considérer comme un sujet, mais comme un objet. Il a un mal fou à employer le pronom «Je» pour parler de lui et emploie le pronom «Il».
Après plusieurs mois passés à voyager à travers le monde, en quête d’exotisme, de découvertes, il finit par se fixer à Seoul. Il entreprend alors de parcourir Seoul en patins à roulettes… et se fracasse l’épaule. Obligé à une immobilité forcée, il va se trouver confronté aux nombreux dénis auxquels, il refusait de faire face et auxquels il s’était toujours dérobé. Ses rapports avec les autres apparement lisses et jamais conflictuels sont néanmoins sans profondeur et parfois même inexistants. Il a du mal à se créer des attaches et des amis. Même ses relations avec son épouse sont problématiques. Le couple a de plus en plus de mal à communiquer, d’autant plus que contrairement à lui, son épouse est extravertie et a une grande propension à se créer des relations, des amis et à s’épanouir dans sa profession. Sous des eaux calmes, Holden cache des eaux subaquatiques bouillonnantes et sa quête effrénée d’exotisme et de voyages est peut-être révélatrice d’un désarroi profond et d’une crise existentielle sous-jacente.“La nature de mon corps me renvoie à l’existence d’autrui et à mon être-pour-autrui. Je découvre avec lui, un autre mode d’existence aussi fondamental que l’être-pour-soi et que je nommerai être-pour-autrui” dit Sartre dans L’Etre et le Néant et Holden est, à mon avis, un héros sartrien, obnubilé par son rapport à l’autre, à ses condisciples lorsqu’il était collégien, à ses voisins, aux voisins, aux passants, aux commerçants aujourd’hui. Il est obsédé par le regard de l’autre qui le considère comme un objet. C’est l’une des raisons pour lesquelles, il a du mal à parler de lui à la première personne. Etant revenu au calme, au cours de ce repos forcé dû son épaule fracturée, Holden parviendra pendant ce moment d’accalmie à renouer avec son passé et grâce à l’intersubjectivité reconstituée à construire le début de sa propre subjectivité.

Un roman apparemment léger, mais plus profond qu’il n’y paraît, plein d’humour, d’auto-dérision et d’exotisme qui nous fait voyager, mais qui est aussi une réflexion sur les relations dans le couple et avec autrui. Un voyage initiatique au pays de l’intime et de l’intersubjectivité passionnant.

Catherine Merveilleux

 


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