Le Jour et La Nuit
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Soumission

de Michel Houellebecq

Le roman de Michel Houellebecq Soumission suscite une violente polémique. Je l’ai lu in extenso, avec beaucoup d’attention et d’esprit critique. Il ne me paraît ni raciste, ni islamophobe. Je ne suis pas une fan de Michel Houellebecqu. Loin de là. La lecture des Particules élémentaires m’avait donné la nausée et m’avait dégoûtée à tout jamais de lire cet auteur. Je n’ai lu Soumission que parce qu’il était mis à l’index et diabolisé. Cela a excité ma curiosité. J’ai eu la surprise de lire un excellent roman et une critique visionnaire et prophétique de ce qui attend notre civilisation en déliquescence, agonisante, qui a perdu ses valeurs, ses repères, son identité et tout sens éthique.
Soumission n’est pas un pamphlet contre l’Islam, mais une critique caustique de notre société, notamment des intellectuels qui appartiennent à l’Intelligentsia de notre nation.  Cette élite qui se soumet une fois de plus par opportunisme à l’idéologie dominante du moment.
Idéologie qui se trouve être dans ce roman de politique fiction situé en 2022, celle d’un Islam modéré, représentée par son leader charismatique Mohammed Ben Abbes, un Français de confession musulmane qui accède de manière tout à fait légale, à l’Investiture suprême, celle de président de tous les Français à la suite d’un sursaut républicain pour faire obstacle au Front National qui a obtenu 32 % des suffrages, lors du premier tour. La création d’un Front républicain permet alors à Mohammed Ben Abbes de devenir président de la République de manière tout à fait démocratique, sans effusions de sang. Dans le livre, les émeutes insurrectionnelles, qui ont lieu sporadiquement et qui ne sont pas relayées par les médias, ne sont le fait que de jeunes Musulmans Djihadistes ou d’Identitaires, c’est à dire appartenant aux factions d’extrême droite. Mais ce ne sont que des cas isolés. Les citoyens musulmans eux-mêmes, ne sont pas insultés et ne sont présentés sous un mauvais jour à aucun moment. Si l‘auteur fait référence à différentes  pratiques qui sont celles de la Charia islamique, comme la Polygamie par exemple, ce n’est en aucun cas un fantasme, une fiction. La polygamie est une pratique reconnue, acceptée et même recommandée par la majorité des Musulmans dans beaucoup de pays musulmans. Tout comme le sont la nourriture Hallal, le Niqab. Il est indéniable que si un pouvoir politique islamique se mettait en place, ces pratiques deviendraient la norme. Il est aussi très probable qu’en cas de mise en place d’un pouvoir islamique en France, les citoyens français de confession juive n’auraient plus qu’une  seule alternative, celle de l’exil car ils seraient rapidement victimes de discriminations et sans doute de persécutions. Dans le roman, c’est le cas des parents de l’une des héroïnes, Myriam. Ils organisent leur fuite en Israël entre les deux tours.
Il est  tout aussi indéniable que l’un des préceptes fondateurs de l’Islam est de faire du prosélytisme, de convertir et que la Oumma est l’un des principes importants de cette religion. L’auteur n’invente rien. En aucun cas, à aucun moment, Michel Houellebecq n’insulte ni ne toune en ridicule la foi ou le comportement des Musulmans.
La diatribe de Houllebecq est destinée aux intellectuels prêts à renoncer à toutes leurs valeurs, à leur patrimoine culturel, aux Droits de l’Homme pour des avantages personnels et des honneurs. Sa critique vise ces Ayatollahs français de la Pensée Unique, ces Inquisiteurs, qui se sentant visés dans le livre, accusent l’auteur d’Islamophobie. Marqué ainsi du sceau de l’infamie, celui-ci perd toute crédibilité. Son roman est mis à l’index. Il fait partie des livres interdits, sulfureux et tabous qu’il ne faut pas lire sous peine d’être considéré comme un raciste, un islamophobe, un monstre. Dans le livre, les profs de la Sorbonne, fleuron de la culture de notre pays se soumettent à l’Islam par intérêt. L’anathème jeté sur Houellebecq, ancien Prix concours n’a pas été sans conséquences. Il est aujourd’hui condamné à mort car il est l’objet d’une Fatwsa, tout comme l’était l’équipe de la rédaction de Charlie Hebdo. La liberté d’expression est-elle à géométrie variable ?
Ce roman de politique fiction est l’histoire d’une implosion potentielle et peut-être visionnaire et prophétique. La force narrative, parfois non dénuée d’humour, de l’auteur nous entraîne dans un avenir qui sera le nôtre si nous ne retrouvons pas notre sens critique et si nous ne redéfinissons pas le socle de nos valeurs communes, notre identité nationale d’êtres libres et égaux.
Les médias mettent à mort les Cassandre, les oiseaux de mauvais augure. Mais déjà, certains terrorisés par les actes terroristes pensent qu’il y a de fortes probabilités pour que le scénario imaginé par Houellebecq se réalise et plus vite qu’en 2022 …
La réalité dépasse déjà la fiction comme le prouvent les récents événements qui viennent d’avoir lieu le jour même de la parution du livre. La réalité dépasse la fiction et la France découvre, médusée, l’existence de jeunes Français qui partent faire le Djihad en Syrie et qui haïssent la France.
L’Islamophobie ambiante, naissante et en très nette progression n’est pas due à ce livre de fiction, qui est somme toute un excellent roman. Elle est due aux événements sanglants et barbares bien réels qui viennent de frapper notre pays, qui avaient eux-mêmes été précédés des assassinats perpétrés par Mohamed Merah. Ne nous trompons pas de coupables. Houellebecq fait, en quelque sorte preuve de modération et d’angélisme en décrivant un Islam modéré passant par la séduction et la voix démocratique dans sa conquête du pouvoir.

Catherine Merveilleux

Soumission. Un roman de Michel Houellebecq. Editions Flammarion