Le Jour et La Nuit
Le Jour et La Nuit

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Mathilda de Michel Dossetto

C’est au Théâtre Toursky que vient d’avoir lieu la création mondiale de la dernière pièce de Michel Dossetto, Mathilda. Avocat au Barreau de Marseille, très apprécié de ses confrères, Michel Dossetto est aussi un passionné de philosophie et de théâtre. Après son excellente pièce, Une Traversée sans histoire crée au Théâtre Toursky en 2011, dont l’interprète principale était  la lumineuse Astrid Veillon, qui incarnait Annah Arendt face à la montée du nazisme et sa pièce Station Etoile jouée trois mois à Paris l’an passé, Michel Dossetto s’attaque dans sa nouvelle pièce au thème de la folie.

Dans sa loge, une comédienne à la sensibilité exacerbée recherche désespérément la concentration et le calme au milieu du tourbillon tyrannique de son habilleuse volubile, envahissante qui s’est arrogé la responsabilité de gérer sa carrière, ses amours et son espace. Un étrange personnage, Victor vient s’immiscer dans l’univers clos de ces deux femmes. Qui est-il ? Un admirateur ? Un fantôme du passé ? La résurgence d’un événement traumatique ? Lancinante, la chanson d’un passé révolu vient faire écho aux flashs qui émergent du néant et de la résurgence des beaux textes qui remontent spontanément à la mémoire de la comédienne.
La résilience est-elle possible ? Le passé peut-il être annihilé ? Aux confins du réel et de l’imaginaire, Mathilda échappera-t-elle aux affres dans lesquelles, trop fragile, elle a sombré corps et âme ? Pourra-t-elle prendre son envol et s’arracher  à l’univers carcéral  et réducteur qui l’a engloutie ? Pourra-t-elle se délivrer de la chape de plomb et du destin implacable qui l’ont réduite à néant et retrouver les ailes de la liberté et de la création ?
Astrid Veillon ne joue pas le rôle de Mathilda, elle incarne Mathilda, elle est Mathilda et donne toute sa profondeur à ce personnage tout en nuances et en ambivalences. Son jeu est subtil, suggestif et d’une infinie finesse. Edmonde Franchi, solaire et tout en faconde interprète le personnage d’Aline avec beaucoup de gouaille et de talent. Elle réussit ce tour de force de laisser percer l’ombre d’un doute, la menace d’une fêlure, derrière sa jovialité et son dynamisme. Quant à François Cottrelle, il est le catalyseur involontaire et énigmatique qui va cristalliser l’esprit satirique de l’une et l’intérêt de l’autre et leur permettre d’écrire la suite de leur propre histoire.
La mise en scène de Richard Martin est magistrale, tout en subtilité, extrêmement bien léchée et très accomplie. Elle préserve le voile du mystère, tout en suggérant l’indicible faille qui a englouti les personnages.
Une pièce tout en émotions qui suscite la réflexion et interpelle sur les méfaits de la montée des systèmes totalitaires, véritables séismes qui brisent les êtres et les destins. Du très bon théâtre.

Catherine Merveilleux

 


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