Le Jour et La Nuit
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Sans histoire, un roman de Natashka Moreau

Natashka Moreau vient de publier aux Editions Léo Scheer un roman introspectif remarquable au sens littéral du terme, tant par la forme que par le fond. Au niveau de la forme, il a une écriture limpide, épurée, sans fioritures et non dénué d’humour et d’auto-dérision. Au niveau du fond, l’auteur fait le pari fou de ne pas faire reposer sa narration sur une histoire, quelle qu’elle soit. Son ambition n’est pas de décrire une intrigue, des événements, des rebondissements car même en tant que lectrice, elle se targue de préférer une histoire minable racontée dans ses plus minutieux détails à une histoire formidable, mais dont la narration serait bâclée.

De nombreux penseurs comme Montaigne et Pascal se sont interrogés sur le divertissement, ses raisons d’être, ses sources d’intérêt et ses dangers. Pour Natashka, le divertissement dû à une profusion d’événements a des effets pervers et détourne de l’essentiel. Par tempérament, par goût et par choix, elle se prélasse dans l’inaction, la rêverie, la paresse. Les montées d’adrénaline, le stress, le surbooking ne s’accordent pas à son tempérament et elle aime qu’il ne se passe rien.
Pourtant la vie de cette jeune femme française exilée à Londres et mariée à un séduisant avocat new-yorkais plus photographe et D.J qu’avocat, a été subrepticement  bouleversée par un événement et de taille, sans qu’elle en mesure l’abyssale profondeur.
Elle est devenue maman et l’immixtion de cette petite créature à qui elle a donné le jour, dans sa vie de tous les jours va se révéler être l’événement, la grande histoire de sa vie. Elle qui vivait dans sa bulle, protégée des remous et des interférences va d’abord voir la solitude et la vacuité de ses jours lui manquer, puis petit à petit va s’apercevoir qu’écrire n’est plus crucial pour elle et que que sa vie est tout simplement épanouie grâce à l’irruption de ce petit être dont le moindre geste et le moindre gazouillis la comblent de joie et de fierté.
Un roman extrêmement personnel radicalement opposé au roman d’Eliette Abécassis, «Un Heureux événement» violent, impudique qui brisait les tabous sur la maternité, «cet heureux événement», une idéologie selon elle fabriquée de toutes pièces. De sa maternité, l’auteur ne fait pas toute une histoire et pourtant, c’est sa plus belle histoire d’amour. Un roman auto-biographique extrêmement touchant, sincère et authentique.

 

Sans Histoire. Un roman de Nataska Moreau. Editions Léo Scheer

Catherine Merveilleux