Eric Toledano et Olivier Nakache pour le film Juste une illusion © Catherine Merveilleux
C’est un film intime pour lequel les deux réalisateurs ont puisé dans leurs souvenirs, les réminiscences et les sensations de leur enfance. Nous sommes en 1985, Vincent, bientôt 13 ans, vit en banlieue parisienne dans une famille de la classe moyenne, entre un grand frère distant et des parents en conflit permanent. Il n’est plus un enfant mais il n’est pas encore un adulte. Il est à l’âge charnière où l’on se pose des questions existentielles sur son identité, la religion, la famille, le désir et l’amour, l’âge où idéaliste et plein d’illusions on croit encore que l’on peut changer le monde.
Côté distribution, le casting prouvent que ce duo qui multiplient les succès, qui a lancé la carrière d’Omar Sy et l’a propulsé au firmament des stars a une fois encore su bien s’entourer car Eric Toledano et Olivier Nakache ont réunis dans ce film : Camille Cottin, Louis Garrel, et Pierre Lottin qui y sont prodigieux.
Le passage à l’âge adulte du jeune Simon a lieu à une époque riche en changements sociétaux et politiques où comme dans la chanson culte « Je rêvais d’un autre monde », la jeunesse pleine d’utopie et idéaliste rêvait d’un autre monde. La bande son du film est remarquable car elle replace le film dans un contexte musical, idéologique et symbolique où l’utopie d’un monde meilleur plein d’amour, sans clivages, sans racisme et riche d’espoir enflammait les jeunes générations.
C’est un film qui n’est pas nostalgique, confient les deux réalisateurs mais c’est néanmoins une Madeleine de Proust qui redonne vie à des sensations enfouies de notre enfance et qui ressuscite des odeurs, la chaleur familiale, le papier peint, les décors, les couleurs, les coiffures des années 80. Il n‘est pas nostalgique car à l’époque tout n’était pas parfait. Il y avait un fort taux de chômage, beaucoup de personnes connaissaient des problèmes matériels et d’intégration comme les parents de Simon, le personnage principal qui sont exilés car ils ont dû quitter leur pays natal, l’Algérie.
L’ancrage dans les années 80 est délibéré.et évident. Le film est daté. Dans « Nos jours heureux », les deux réalisateurs évitaient la datation, ici elle est revendiquée, tant par le décor que par la bande son assez exceptionnelle et très pointue. La famille de Simon écoute RTL en continu, (la famille gagne même la mythique valise RTL), le frère de Simon fait des compiles en enregistrant des jingles ou des morceaux sur RTL, NRJ et Europe 1. Michel Drücker est une star de la télévision, Claude Lelouch triomphe au cinéma avec son film culte « Un Homme et une femme », la chaîne Canal + est cryptée et il n’y a pas encore de portables …
Quelques scènes comme la scène où Camille Cottin danse sont d’une grande beauté et suscite beaucoup d’émotion. Le Baiser entre Simon et son amoureuse est romantique et empreint de beaucoup de tendresse.
Un film sur le passage de l’enfance à l’adolescence puis à l’âge adulte, à cet âge où comme le rappellent les deux réalisateurs, faisant référence à l’ouvrage de Françoise Dolto « Paroles pour les adolescents ou le complexe du homard » les adolescents sont comme le homard pendant la mue, sans carapace et vulnérables tant qu’ils n’ont pas générer une nouvelle carapace. Le film capture ce moment charnière, de métamorphose où l’enfant est particulièrement fragile car il perd sa peau d’enfant et se façonne une identité.
Sortie en salle : le 15 avril
Genre : comédie dramatique
Distribution : Gaumont
Réalisation et scénario : Olivier Nakache et Eric Toledano
Casting : Louis Garrel, Camille Cottin, Pierre Lottin, Simon Boublil
Juste une illusion, Gaumont, Eric Toledano, Olivier Nakache, Louis Garrel, Pierre Lottin, Camille Cottin, Simon Boublil
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