Samuel Massilia © photo Dinh Van Men
Une plongée dans l’horreur
Dès les premières lignes, le lecteur a le souffle coupé. En apnée, il reçoit comme un coup de poing en pleine poitrine lorsqu’il découvre le terrible traumatisme subi par l’héroïne, Léna à l’âge de trois ans lorsque son père, un boat people vietnamien, sans papiers tente de la tuer dans un accès de colère et de rage incontrôlable. Elle échappe de justesse à la mort mais sa maman, Lily pour la défendre est grièvement blessée au visage et reçoit 19 points de suture.
Léna passe alors brutalement du monde de l’enfance au monde brutal des adultes et n’a pas la chance comme les enfants nés sous une bonne étoile, de grandir dans un monde peuplé de princesses, de héros de Walt Disney ou de bisounours.
Une relation mère-fille fusionnelle, indéfectible entre rejet et dépendance
Aux côtés de sa mère qui fait des ménages et cumule les petits boulots pour leur permettre à toutes les deux de survivre, Léna affronte la misère, la déchéance, la honte sociale et la violence du désespoir. L’amour entre Lily et sa mère est cependant fusionnel malgré des accrochages de plus en plus fréquents et de plus en plus violents. Leur relation est ambivalente mais non exempte d’affection.
Leur relation mère-fille est viscérale et complexe, entre amour, rejet et dépendance émotionnelle. Leur lien indéfectible est la colonne vertébrale du récit et est à la fois une blessure et un moteur de survie.
Cependant, la violence de son père toxique ressurgit parfois en Léna. Elle prend alors peur. Elle se pose alors la question de savoir si elle doit-elle rester et reproduire la violence qu’elle sent parfois monter en elle sans pouvoir la réfréner ou si elle doit partir pour survivre ?
La spirale infernale
Rebelle et révoltée, elle rejette le système scolaire et finit par se faire exclure définitivement de son collège à cause de ses incartades, de son insolence, de son manque de travail et de ses provocations et à l’âge de 14 ans, elle se retrouve livrée à elle -même, déscolarisée avec de mauvaise fréquentations. Elle sombre alors dans une spirale infernale. Avec ses amie Tess et Erika, cabossées comme elle par la vie et qui ont des bleus à l’âme, elle hante les boîtes de nuit d’Aix et de Marseille jusqu’aux premières lueurs de l’aube, goûte à tous les plaisirs défendus: l’alcool, la drogue, le sexe et a pour petit copain Mehdi, un garçon très borderline qui flirte avec la délinquance et qui est lui-même très violent.
Itinéraire d’une enfant très peu gâtée, au bord du gouffre
Du milieu sulfureux de la Nuit aixoise à l'élite intellectuelle et snob de Saint-Germain-des-Prés, le lecteur suit alors l’itinéraire d'une enfant au bord du gouffre qui refuse la place qui lui a été assignée à sa naissance et qui doit composer avec l'inacceptable pour s'inventer un avenir, d'une jeune fille qui choisit l'insolence pour ne pas sombrer et la liberté comme acte de survie.
Parviendra elle à échapper à la DDASS, au déterminisme social, à son hérédité chargée ? Peut-on traverser le plafond de verre ? Doit-on obligatoirement reproduire ce que nous ont fait vivre nos parents ? Peut-on échapper à un destin qui semble tout tracé ? Telles sont les questions que posent sans misérabilisme et sans pathos ce roman qui se lit comme un page turner.
L’histoire d’une résilience grâce à des rencontres
Léna dans sa quête d’émancipation rencontrera des personnes bienveillantes comme Madame Cataî, nourrice du quartier et sa famille qui deviendront pour elle une famille de substitution, Boris, le patron d’une boîte aixoise, Alix, un dandy de Saint-Germain-des Prés, cynique et fantasque et Stanislas, un homme cultivé qui a fait des études de droit mais qui mène une vie dissolue et sans scrupules dans le milieu sulfureux de la nuit. Ces personnes qui jalonneront son parcours, loin d’être parfaites, lui serviront malgré tout de famille de substitution ou de pygmalions et lui permettront de renouer avec l’Institution scolaire et la Culture pour finalement réussir à passer son bac et apercevoir une lumière au bout du tunnel.
Les auteurs, Samuel Massilia et Mylène Jampanoï
Journaliste, chroniqueur et animateur, Samuel Massilia a commencé à travailler sur des émissions en lien avec l'Olympique de Marseille. Il a été chroniqueur et community manageur pour l'émission Club Foot Marseille sur France Bleu Provence. Il est ensuite devenu assistant réalisateur pour la chaîne OMTV. Il a aussi intégré l’émission « Mon OM à moi » sur Radio Star et a écrit une biographie de René Malleville, intitulée « René Malleville-Authentique. »
Il est aussi réalisateur, scénariste, producteur et auteur. Son premier court métrage intitulé « Le Soleil » est consacré aux résidents d‘un Ehpad. Il vient de terminer un second court métrage intitulé « Le temps d’une nuit". Le tournage a eu lieu à l’hôtel Cardinal d’Aix-en-Provence.
Le roman Léna est adapté du scénario d’un film qui a été écrit par Mylène Jampanoï lorsqu’elle était à la Fémis. C’est une œuvre à la croisée du cinéma et de la littérature, où chaque scène est écrite comme un plan dans un style cinématographique, direct, plein d’émotion et brutal à la fois.
Miroir d’une époque passée mais encore brûlante : le livre explore la fin des années 90, période de bascule entre insouciance et désillusion, à travers le portrait d’une jeune fille livrée à
elle-même qui cherche sa place entre un monde sans repères, abandonnée par l’institution et la société.
Sortie en librairie : 14 mai
Editeur : Sixièmes
Catherine Merveilleux
@SamuelMassilia, @MylèneJampanoï, Léna, Catherine Merveilleux, Le Jour et La Nuit, lejouretlanuit.net
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