Bixente a 17 ans en mai 1994 et est sur le point de passer les épreuves du bac, sans d’ailleurs beaucoup se stresser car il préfère faire la fête avec ses copains Val, Gaspard et Tim, penser aux filles et se livrer aux joies du surf sur les plages d’Hossegor, à la périphérie de Biarritz lorsque sa vie bascule brutalement.
Un matin de printemps, un commando antiterroriste fait, en effet, irruption dans la salle de bain du jeune homme, le plaque nu sur le carrelage, l’arrête manu militari car il le soupçonne d’être en lien avec l’ETA. Cagoulé, il est embarqué dans un fourgon puis séquestré pendant quatre jours dans une ferme isolée. Ligoté sur une chaise, il est interrogé sans aucun ménagement et sans que la procédure légale en vigueur soit respectée. Il est finalement relâché mais son meilleur ami, Valentin d’Huart n’est pas libéré. Il est incarcéré car il est soupçonné avec 4 acolytes de faire partie du commando d’activistes qui a déposé une bombe artisanale devant la gendarmerie de Bidart.
L’univers de Bixente est bouleversé et s’effondre. Il se sent rejeté et ostracisé car ses camarades qui craignent qu’on ne les voit fréquenter quelqu’un suspecté d’être un terroriste. Le jeune homme soupçonne même sa petite amie, Lou d’avoir remis à la police une photo compromettante. Ecrasé par le doute et la suspicion, le narrateur tourne les pages de son album de famille. Ayant le sentiment de perdre pied, il décide de mener sa propre enquête en analysant les photos en sa possession. Mais, en fait, que révèle une photo? Que prouve-t-elle ? A la suite de ses investigations, en analysant des photos qu’il espère révélatrices, des traumatismes, des deuils et des secrets de famille profondément enfouis ressurgissent.
Dans ce très beau roman, plein de nostalgie et de réminiscences qui dit adieu à l’enfance et à l’insouciance de l’adolescence, l’auteur nous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Un temps où le narcissisme des réseaux sociaux n’existait pas et où prendre une photo n’était pas quelque chose d’anodin et d’éphémère et constituait un événement riche de signification.
Ce livre est aussi l’histoire d’une amitié indéfectible entre deux héros romantiques et passionnés, en butte aux tourments du passage de l’adolescence à l’âge adulte et une plongée dans l’univers du surf, une discipline et un monde magique que l’auteur a lui-même découvert à l’âge du héros et dont il estime que c’est une contre-culture qui donne le sentiment enivrant d’une vraie liberté, d’une déconnection totale avec la réalité.
L’auteur donne aux protagonistes de son roman une profondeur psychologique conséquente et intéressante. La maman du héros est sublime et magnifique. Ses deux grands-mères ont un passé riche de sens. En esquissant leur portrait de manière subtile et subliminale, il laisse entrevoir l’abyssale profondeur de l’héritage familial. Et le poids des non-dits et des secrets familiaux.
L’une des autres qualités de Vincent Quivy est aussi de savoir interpeller le lecteur en suscitant chez lui une réflexion sur certaines problématiques existentielles, essentielles, sans pour autant se montrer dogmatique ou didactique, notamment sur la question de la protection des libertés individuelles et le risque de dérives sécuritaires en cas de menace terroriste. Les questions éthiques et philosophiques suggérées au lecteurs étant : peut-on donner un blanc seing aux forces de l’ordre lorsque la sécurité nationale est menacée ? Où s’arrête la liberté du citoyen ? Où commencent les lois liberticides ? La fin justifie-t-elle les moyens? L’auteur pose aussi la question de l’impact des vices de procédure qui parfois rendent nulle et non advenue toute l’instruction d’un dossier.
Il s’interroge aussi sur les non-dits, les secrets de famille qui impactent à leur insu leurs descendants de manière inconsciente. La fin du roman est ouverte et laisse le lecteur libre. Bref, c’est un roman que j’ai eu plaisir à découvrir car il n’impose rien, il suggère des pistes de réflexion tout en restant un vrai roman avec du suspens, une intrigue et de beaux personnages.
Vincent Quivy est journaliste, producteur et écrivain, spécialiste d'histoire contemporaine.
Il a publié plusieurs essais marquants sur la guerre d'Algérie, la Seconde Guerre mondiale et l'affaire Kennedy.
Son premier roman, Ni pleurs, ni pardon est paru aux éditions de L’Observatoire.
Il a aussi écrit une biographie d’Alain Delon et de Jean-Louis Trintignant.
Il est en cours d’écriture d’une biographie de Germaine Poinso-Chapuis, avocate et femme politique française, Ministre de la santé du 24 novembre 1947 au 26 juillet 1948.
Catherine Merveilleux
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