Maître Amas a alerté les pouvoirs publics à plusieurs reprises et ce, dès l‘été 2025 sur l’urgence d’agir face à la prostitution des enfants confiés à l’ASE. Selon lui, ils seraient environ 20.000 enfants placés à se prostituer dont environ 850 sur la seule région marseillaise alors que ces enfants sont placés sous la protection de l’Etat et sous sa responsabilité.
Le noble combat de Michel Amas en faveur des enfants placés à l’ASE
Catherine Merveilleux : Ces enfants retirés à leur famille sont placés à l’ASE et placés sour la protection de l’Etat et sous sa responsabilité comment est-il possible qu’ils soient prostitués ? Comment agissent les proxénètes ?
Michel Amas : Ils sont placés dans des foyers ouverts. Les adultes n’ont pas le droit d’entrer mais les enfants ont eux le droit de sortir. Le portier ne les
empêche pas de sortir car il n’est pas interdit qu’ils sortent. Ces Mineurs sont proposés sur des catalogues sur des sites d’escortes comme le site Sexe Model. Pour un pédophile, c’est très facile
d’acheter un enfant. Regardez, je vous montre. En trois clics, c’est fait. Je choisis une petite fille, j’obtiens le numéro de téléphone du proxénète et je paie avec ma carte bleue. C’est
l’ubérisation de la pédophilie et de la prostitution des mineurs. J’ai lancé de nombreuses alertes depuis l’été 2025 et le lundi 29 juin, je suis à nouveau monté au créneau pour pousser un nouveau
cri de colère et d’indignation et demander à ce que Gérald Darmanin fasse fermer ce site et d’autres car il en existe d’autres comme Cocoland, Bounty etc…
Des enfants prostitués de 11 à 17 ans
Catherine Merveilleux : Quel âge ont ces enfants ?
Michel Amas : De 11 à 17 ans. Ma plus jeune cliente a 11 ans . Elle a contracté une MST. Une autre petite fille souffre d’une Blennoragie à Dijon. Une autre est séropositive à Villeurbanne. Ces enfants font jusqu’à 10 ou 12 passes par jour et n’ont aucun suivi médical, ni psychologique. Les séquelles psychiques et physiques sont irréversibles.
Catherine Merveilleux : Comment les proxénètes agissent-ils et comment est ce possible?
Michel Amas : Les proxénètes utilisent parfois la violence. Parfois les enfants sont sous leur emprise ou doivent rembourser une dette mais le plus souvent les proxénètes les rendent addicts à la drogue, notamment à la cocaïne. Comme je viens de le dire, ces enfants n’ont aucun suivi médical, aucun suivi psychologique et il va sans dire qu’ils ne sont bien sûr pas suivis en addictologie.
Catherine Merveilleux : Quelles mesures faudrait-il prendre pour mettre fin à cette prostitution des mineurs ?
Michel Amas : La première mesure est de fermer ces sites de prostitution. Depuis juillet dernier, j’ai demandé au Ministre de la Justice de fermer le site Model Sexe. Je comprends pas qu’il ne l’aie pas fait. La deuxième mesure est de pas laisser les enfants sortir sans contrôle. La troisième mesure serait de placer les enfants enlevés à leurs parents chez leurs grands-parents ou chez des proches responsables et bienveillants. La quatrième mesure serait de condamner fermement et drastiquement les pédophiles. La cinquième serait de les inscrire dans un fichier.
Un pédophile qui achète une petite file encourt une peine de 500 euros
Catherine Merveilleux : Qu’encourt un pédophile qui utilise ce site ?
Michel Amas : Un pédophile ne risque pas grand chose. 500 euros, tout au plus. Notre pays est friendly avec la pédophilie. Les 19 inculpés pour pédocriminalité dans un procès où je défendais récemment une petite fille ont prétendu qu’ils ignoraient l’âge de cette petite fille… Dans les années post-soixante huitardes, une certaine idéologie prônait d’initier les enfants à la sexualité. Certains journaux comme Libération titraient même « Apprenons l’amour à nos enfants » avec des illustrations explicites…
Catherine Merveilleux : Le cas tragique de Louis lynché le 19 juin à Narbonne met en évidence la terrible réalité des enfants placés en foyer. En 2023, Vous avez écrit un livre intitulé « Chronique du Mépris ordinaire. Placements abusifs » où vous expliquiez, témoignages à l’appui comment ces placements sont parfois injustifiés, faits à la hussarde, sans empathie, sans bienveillance et comme ces enfants sont brutalement arrachés à leur famille. Quels critères peuvent entraîner un placement à l’ASE ? Et que faudrait-il faire pour empêcher ces placements que vous jugez abusifs abusifs ?
D’après Maître Michel Amas, la plupart des placements sont abusifs
Michel Amas : 80 % des placements à l’ASE sont abusifs. Il faudrait réformer la procédure devant les magistrats Il faudrait notamment que le dossier contradictoire soit transmis avant l’audience. Nous avons préparé un texte de loi de concert avec des magistrats. Les services sociaux appliquent le principe de précaution. La plupart des placements abusifs sont dûs à des litiges quand les parents se séparent, s’injurient, se déchirent. Certaines de ces familles ne sont pas des familles dysfonctionnelles. Ce sont des familles dans la tourmente. Les services sociaux placent les enfants à l’ASE dans l’urgence et de manière définitive alors qu’il serait possible d’envisager un placement temporaire et provisoire ou mieux de placer les enfants chez leurs grands parents comme je viens de le dire. Les services sociaux ont un dogme : extraire les enfants pour travailler sur la situation. Ils sont alors enlevés à leur famille dans l’urgence. Tout leur univers s’écroule. Ils perdent leur école, leurs copains, leur club de foot, de danse. Ils perdent tous leurs repères, tous leurs liens affectifs. Beaucoup fuguent et finissent par devenir SDF.
Vers un projet de loi de concert avec des élus, des avocats et des magistrats
Catherine Merveilleux : Vous avez été entendu par la commission d’enquête sur l’Inceste . Vous travaillez aussi sur un projet de loi rédigé avec de nombreux députés, notamment Valérie Boyer et Guy Teissier et vous venez de rencontrer Sarah El Haïry, Haute-commissaire à l’enfance , est ce une lueur d’espoir ? Les choses avancent elles ?
Michel Amas : Après une longue traversée du désert, mon combat avance. J’ai été auditionné par Maud Petit, la Présidente de la commission sur l'Inceste et j’ai rencontré Sarah El Haïri, Haute-commissaire à l’enfance. Elle vient de me rappeler et que je dois revoir la semaine prochaine. J’ai rencontré 80 élus, députés et sénateurs de toutes tendances. Beaucoup de journalistes prennent cette cause à cœur et s’y sont investis. Elise Ducet a enquêté pendant 8 mois pour l’émission Compléments d’enquête. Un journaliste de France Inter me suit depuis un an dans l’émission Police Justice. J’ai rencontré de nombreux candidats à la Mairie de Paris et de futurs candidats aux présidentielles. L’écrivain Alexandre Jardin prend très à cœur mon combat et au fil du temps me considère comme un ami. Je travaille de concert avec des magistrats.
Après des années de travail et d’investissement, le combat de Michel Amas en faveur des enfants placés à l’ASE semble être entendu, espérons qu’il soit écouté et que les mesures qu’il préconise soient adoptées.
Catherine Merveilleux
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