Le Jour et La Nuit Presse
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Stéphane  Bierry et Yann Collette © photo MichelEid

 

Le Circuit ordinaire au théâtre du Girasole pendant le Festival Off d’Avignon

La pièce de Jean-Claude Carrière, d’une actualité brûlante face aux dérives totalitaires qui menacent notre démocratie, est portée par un casting exceptionnel et nous plonge dans un huis-clos qui est un véritable thriller psychologique. Le spectateur est tenu en haleine du début à la fin de cette pièce kafkaïenne, admirable et pleine de suspens.

Le Synopsis est le suivant : Deux hommes se retrouvent dans un bar. L’un d’eux est inspecteur de police. Il a convoqué le deuxième homme pour un interrogatoire. Celui-ci est un homme (taupe, indic , Balance) qui au fil du temps a multiplié les dénonciations contre de nombreuses personnes. Une étrange et énigmatique serveuse les observe. Dans ce huis-clos, anxiogène et tendu, la tension monte inexorablement et l’interrogatoire va subrepticement se métamorphoser en confrontation et la confrontation en affrontement…

 

Dans cet univers non historiquement et géographiquement défini mais sans ambiguïté totalitaire, la délation fait cruellement écho à une actualité brûlante. Perversion, vieille comme le monde, elle nous rappelle les heures les plus sombres de notre histoire mais aussi le climat nauséabond qui règne aujourd’hui dans notre pays où dénonciations et jugements moraux, dogmatiques et moralisateurs, dans l’intérêt général  se multiplient à un rythme inquiétant. Les deux protagonistes s’affrontent, tels deux gladiateurs dans l’arène dans un combat qui ne pourra que se résoudre tragiquement dans le sang.

 

Yann Colette et Stéphane Bierry. © Photo Michel Eid

 

Le rapporteur qui se targue d’envoyer des missives de dénonciation « dans l’intérêt général » se donne bonne conscience alors qu’en fait, ce qui le motive est un sentiment de toute puissance, un ego surdimensionné, un syndrome d'hubris et le plaisir d’avoir de l’influence sur l’histoire de ses congénères et de pouvoir d’une simple missive faire basculer leur destin.

 

La pièce de Jean-Claude Carrière montre bien combien comme l’écrivait Hobbes, « L’Homme et un loup pour l’homme.» Et combien « Le Mal ordinaire » que dénonçait Hannah Arendt est banal et répandu.

 

La conversation entre les deux hommes se déroule sous le regard d‘une serveuse, énigmatique, ambigüe et inquiétante qui ne prononce pas un mot et qui n’existe d’ailleurs pas dans la pièce écrite par Jean-Claude Carrière. Ce personnage a été judicieusement rajouté dans la mise en scène d’Alexandre Tchobanoff. Ce qui ajoute une dimension anxiogène supplémentaire à la pièce car cela permet au spectateur de percevoir la dangerosité d'un monde extérieur où tout le monde épie tout le monde et peut se révéler à terme un ennemi potentiel.…

 

A voir absolument car cette pièce de Jean-Claude carrière inédite est à la fois une critique du totalitarisme qui décrit parfaitement les arcanes du pouvoir, la négation de l’individu et le plaisir pervers de la dénonciation « dans l’intérêt général ». Un chef d’œuvre de dramaturgie et de psychologie.

 

Une pièce de : Jean-Claude Carrière

Mise en scène : Alexandre Tchobanoff

Distribution : Yann Collette, Stéphane Berry

 

Théâtre du Girasole

24 bis rue Guillaume Puy

84 000 Avignon

 

Dates : à 13h35 du 3 au 25 juillet sauf les mercredi

Relâche : les 8, 15, 22 juillet

 

 

Catherine Merveilleux

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