Photo d’en-tête : Cecilie Waagner Falkenstrom, I see it so you don’t have to.
Jusqu’au 17 janvier 2027, la cinquième Biennale des Imaginaires Numériques nous invite à une traversée artistique de Marseille, d’Aix-en-Provence et de plusieurs villes de la région Sud. Expositions, performances, concerts, installations et déambulations nous incitent à nous interroger sur notre rapport aux technologies, avec une belle envie de bousculer les évidences.
Depuis le 24 octobre, la Biennale des Imaginaires Numériques déploie sa cinquième édition autour du thème « Résistances ». Un programme qui fait dialoguer arts visuels, musique et spectacle vivant, de Marseille à Aix-en-Provence, mais aussi à Avignon, Arles, Istres et Port-de-Bouc.
Nos écrans nous accompagnent, nos données circulent, les algorithmes orientent une partie de nos découvertes. Mais quelle place reste-t-il à l’imprévu, à la contradiction, à la liberté de créer ?
Depuis 20 ans, les technologies numériques s’immiscent dans nos existences, de la sphère privée à l’espace public, et envahissent même les dynamiques géopolitiques. Les artistes en sont les témoins, les observateurs critiques, mais sont aussi les acteurs d’une contre-narration salvatrice et nécessaire.
À l’heure où les repères vacillent, Chroniques — la Biennale des Imaginaires Numériques —, dans une pulsion vitale, joyeuse, créative et salvatrice, a fait le choix d’affirmer sa conviction profonde et réfléchie, à l’occasion de cette cinquième édition : la création artistique n’est pas une bulle déconnectée du monde, mais une force qui l’interroge, le traverse et peut parfois le faire changer.
De cette conviction, Chroniques a délibérément pris le parti de résister aux stéréotypes et, face à l’intelligence artificielle, de ne céder ni à la fascination aveugle ni au rejet simpliste. Elle a choisi comme thématique 2026 : « Résistances — hacktivisme, détournements et tactiques artistiques à l’ère numérique ».
C’est dans cette voie que s’aventure cette édition. Sous le regard des co-commissaires Jean-Paul Fourmentraux et Mathieu Vabre, les artistes explorent les possibilités de transformer les outils technologiques en moyens d’expression et de contestation. Installations, vidéos, performances ou écritures algorithmiques deviennent autant de façons de déplacer notre regard.
Le sujet pourrait sembler austère. Il ouvre pourtant des perspectives passionnantes : peut-on jouer avec les systèmes qui nous gouvernent ? Leur échapper ? Les détourner pour inventer d’autres récits ? L’art a cette faculté précieuse de poser les questions là où l’habitude finit par les effacer.
Treize expositions jalonnent la programmation. À Marseille, la Friche la Belle de Mai accueille notamment Désobéir à l’ère numérique, tandis que la Vieille Charité propose Souffles terrestres. À Aix-en-Provence, Futurs solaires et Fabulations — reprendre la parole, réinventer le langage prolongent cette exploration. À Avignon, le Grenier à sel invite à (Dé)jouer les mondes. Des intitulés qui donnent déjà envie de pousser les portes.
On peut aborder ce parcours avec sa curiosité pour seul bagage. Se laisser intriguer par une image, retenir un son, s’interroger devant une installation : chacun peut y trouver son chemin. Des visites et des ateliers accompagnent d’ailleurs la découverte tout au long de la manifestation.
Cette cinquième édition s’inscrit également dans la Saison Méditerranée 2026. Elle met à l’honneur des artistes et des créateurs dont les démarches nourrissent un dialogue entre les rives, les histoires et les sensibilités.
Ce choix donne une résonance particulière à la manifestation. Dans une région façonnée par les échanges, la Méditerranée offre un horizon fécond pour interroger les images qui nous représentent et les récits que nous partageons.
J’ai adoré l’exposition Fabulations — reprendre la parole, réinventer le langage. Dans le cadre de cette exposition pertinente et impertinente, en réponse à la pollution narrative créée par les algorithmes et les IA, l’art reprend la parole. Entre fabulation, détournement et fiction critique, les œuvres présentées révèlent les failles du langage algorithmique et ouvrent de nouveaux espaces pour d’autres imaginaires, peut-être plus fragiles, plus ambigus, mais peut-être aussi plus libres et moins didactiques.
Après les ouvertures marseillaise et aixoise d’octobre, Istres prendra le relais les 6 et 7 novembre. La clôture fera ensuite place au spectacle vivant et à la musique, les 14 et 15 janvier à Aix-en-Provence, puis le 16 janvier à Marseille.
De quoi composer plusieurs escapades culturelles au fil des semaines. Et se rappeler, au passage, que derrière les machines, les programmes et les écrans, il reste des artistes capables de nous surprendre et de nous inciter à la réflexion. Une excellente raison d’aller à leur rencontre.
CHRONIQUES — 5e Biennale des Imaginaires Numériques
Du 24 octobre 2026 au 17 janvier 2027.
Marseille, Aix-en-Provence, Avignon, Arles, Istres et Port-de-Bouc.
Dates, horaires, tarifs et réservations selon les lieux : chroniques-biennale.org. Vérifier les dates
propres aux expositions avant tout déplacement.
Catherine Merveilleux
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