Le Jour et La Nuit Presse
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Matisse aux Carrières des Lumières. Un fabuleux voyage

Aux Baux-de-Provence, les Carrières des Lumières consacrent leur nouvelle exposition immersive à Henri Matisse. Depuis le 9 octobre 2026, l’exposition Matisse, la symphonie des couleurs propose une traversée lumineuse de l’œuvre de l’artiste, des audaces fauves aux papiers découpés. Une invitation à suivre un artiste qui, jusqu’au soir de sa vie a inlassablement continué à créer.

Il est des peintres dont les couleurs nous accompagnent longtemps. Un bleu qui ouvre une fenêtre, un rouge qui réchauffe une pièce, quelques feuilles découpées qui suffisent à faire surgir un jardin. La simplicité apparente de Matisse cache toute une vie de recherche. Comment alléger une forme, donner de l’espace à un corps, traduire une sensation sans l’emprisonner ?

 

Cette quête trouve un terrain d’expression adéquate et valorisant dans les anciennes carrières des Baux-de-Provence qui se révèlent un somptueux écrin pour les créations de Matisse. Sur leurs parois monumentales, les reproductions animées des œuvres composent un spectacle magique de quarante-cinq minutes.

 

© Vincent Pinson

 

La lumière du sud. Une révélation

 

Pour cet homme né dans le Nord, la lumière du Midi aura été une découverte et une rencontre décisive. Elle transforme sa manière de regarder et lui donne l’audace de s’affranchir des couleurs attendues.

Avec Luxe, calme et volupté, les touches colorées font vibrer une scène de bord de mer. Puis vient l’effervescence fauve. Dans Femme au chapeau, le visage d’Amélie, son épouse, devient le lieu d’une liberté nouvelle. Les couleurs prennent leurs distances avec la ressemblance et affirment leur propre force expressive.

Le parcours des Carrières suit cette émancipation en attribuant aux séquences une dominante chromatique. Vert, orange, bleu, mauve, rouge… Ces couleurs dessinent les étapes d’une aventure artistique nourrie de voyages, d’émerveillements et de remises en question. Les séjours en Algérie et au Maroc enrichissent sa peinture de lumières et de motifs qui prolongent son exploration de l’espace.

 

 

Entrer dans la danse

 

Il suffit de quelques silhouettes réunies dans une ronde pour reconnaître La Danse. Des corps, une terre verte, un ciel bleu : avec des moyens volontairement réduits, Matisse donne au mouvement une ampleur extraordinaire.

La projection monumentale offre à cette ronde un nouvel espace. Les figures se déploient sur les parois, tandis que l’animation souligne leurs lignes et les rapports entre les couleurs. Le spectacle fait ainsi de la danse l’un des fils sensibles de son récit.

La musique participe à la magie du voyage. De Benny Goodman à Etta James, du Trio Joubran à Jamie XX, la bande-son traverse les époques et les sensibilités. Elle accompagne les changements d’atmosphère d’une œuvre où le rythme tient autant aux formes qu’aux intervalles qui les séparent.

 

© Vincent Pinson

 

Un monde quotidien d’une intensité inattendue

 

Matisse sait aussi trouver matière à peindre dans les objets du quotidien comme une étoffe, des fleurs ou un bocal de poissons rouges.

Les tissus structurent les compositions, les motifs circulent entre les objets et les murs, les fenêtres mettent en relation la chambre et le paysage. Le quotidien acquiert une intensité inattendue. On comprend alors combien regarder peut être une activité féconde, même dans les instants les plus ordinaires.

 

 

Des ciseaux pour continuer à créer

 

Les dernières années révèlent une autre liberté. Alors que la maladie limite ses mouvements, Matisse développe le travail des papiers gouachés découpés. Les ciseaux prolongent le dessin et font naître directement les formes dans la couleur.

Le parcours accorde une place à Jazz, à ses images nourries de cirque, de voyages et de contes, puis aux compositions de la maturité. La Gerbe, La Tristesse du roi, L’Escargot témoignent de cette invention toujours en mouvement. Feuilles, silhouettes et fragments colorés composent un vocabulaire d’une étonnante vitalité.

Cette joie porte la profondeur d’une conquête. Derrière la fraîcheur des formes, il y a la persévérance d’un artiste qui poursuit son travail malgré les épreuves, et trouve encore de nouvelles façons d’élargir son horizon.

 

© Vincent Pinson

 

La période des vitraux

 

Le dernier mouvement aborde les vitraux, notamment ceux de la chapelle du Rosaire à Vence. Après la toile et le papier, la lumière elle-même devient matière de création.

Cette étape donne une résonance particulière à la présentation aux Carrières : les recherches du peintre sur la lumière colorée rencontrent le langage de la projection. Le parcours s’achève ainsi sur une dimension plus recueillie de son œuvre, dans laquelle le dépouillement des lignes laisse toute sa place à la couleur.

En complément, le programme court Frida Kahlo, en plein cœur propose quatorze minutes consacrées à l’artiste mexicaine. Une autre présence, une autre histoire, où création, identité et douleur se nouent intimement.

Au cœur des Alpilles, cette rencontre avec Matisse offre une belle occasion de revenir à ses œuvres. Et de prolonger, au-delà des images projetées, cette attention aux formes et aux couleurs qui peut transformer jusqu’au plus familier des paysages.

 

 

En pratique

 

Matisse, la symphonie des couleurs
Carrières des Lumières, route de Maillane, 13520 Les Baux-de-Provence.
Depuis le 9 octobre 2026.
Programme Matisse : 45 minutes.
Programme complémentaire : Frida Kahlo, en plein cœur, 14 minutes.
Site entièrement accessible aux personnes à mobilité réduite.
Horaires et tarifs à consulter sur le site officiel des Carrières des Lumières.

 

Catherine Merveilleux

 

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