Le Jour et La Nuit
Le Jour et La Nuit

Les Rascals. Rencontre avec Jimmy Laporal-Trésor

Pour son premier long métrage en tant que réalisateur et scénariste, Jimmy Laporal-Trésor signe un film contre le racisme, non-manichéen et tout en nuances, qui pose une question éthique fondamentale : Peut-on se faire justice soi-même ? Une question d’une actualité, on ne peut plus brûlante. Je l’ai rencontré à Marseille, à l’occasion de l’Avant-première de son film, qui avait déjà été présenté en Première mondiale au dernier Festival de Deauville.

Jimmy Laporal-Trésor

 

Le synopsis est le suivant : Les Rascals, une bande de jeunes de banlieue, profitent de la vie insouciante des années 80. Chez un disquaire, l’un d’eux reconnaît un Skin qui l’a agressé dans son enfance et décide de se faire justice lui-même. Témoin de la scène, la jeune sœur du Skin se rapproche d’Adam, un étudiant en Fac de Droit extrémiste, qui lui promet de l’aider à se venger des Rascals. Alors que l’extrême droite gagne du terrain dans tout le pays, la bande d’amis est prise dans un terrible engrenage et la spirale de la violence.

Le film se situe dans un contexte historique bien précis à Paris en 1984. C’est l’époque où Jean-Marie Lepen fait un score de 11% aux Européennes et se réjouit d’avoir 10 députés à l’Assemblée nationale. A cette époque, les Skinsheads règnent en maîtres dans le cœur de Paris, dans les quartiers du Châtelet et des Halles. Les Black Dragons ont alors des affrontements ultra violents avec les Boneheads. C’est aussi l’époque d’Olaf le Boucher, qui sème la terreur avec un hachoir de boucher, rappelle Jimmy Laporal-Trésor. «Je me souviens qu’à l’époque, mes parents me disaient sur tu croises un Skin, tu cours.»

Jimmy Laporal-Trésor explique que la question cruciale, qui est au centre du film est : « Peut-on se faire justice soi-même ? Il confie : « J’ai moi-même été victime d’une agression très violente de la part d’un camionneur de la SNPR qui m’a littéralement tabassé en me hurlant Ta gueule ! Sale noir ! A l’époque, je n’étais encore qu’un enfant et je n’ai dû mon salut qu’à des adultes qui sont intervenus pour me sauver. Pendant 20 ans, j’ai pensé que si je le retrouvais un jour, je me vengerais. C’est le cas de l’un des protagonistes des Rascals, Rico, qui subit une violente agression et qui 10 ans après retrouve son agresseur chez un disquaire et se venge. Sa jeune sœur, Frédérique, assiste terrifiée et profondément choquée à la scène. Etudiante à la Fac de Droit à Assas, elle fait, après l’agression, la connaissance d’un jeune chargé de TD, Adam, qui lui propose de venger son frère. Le spectateur éprouve, bien sûr, de l’empathie et de la compassion pour le jeune Rico et comprend qu’il ait envie de se venger du terrible traumatisme qu’il a subi. Le spectateur éprouve aussi de l’empathie pour Frédérique, qui a assisté à un véritable carnage et à un déferlement de barbarie indicible perpétré sur son frère. Leur colère à tous deux est légitime. Le problème est la spirale de violence que le fait de se faire justice soi-même déclenche et les conséquences qui en découlent ».

«J’avais envie d’aller vers un cinéma typique des années 80, un cinéma populaire qui, en même temps, aborde un sujet sociétal important.» explique Jimmy Laporal-Trésor.

Les personnages sont psychologiquement très intéressants car ils sont tout en nuances. « La psyché humaine est complexe explique Jimmy Laporal-Trésor et c’est ce qui m’intéresse quand j’écris un scénario.» Les personnages ont une profondeur psychologique, une personnalité. Ils ne sont ni stéréotypés, ni caricaturaux. Ils n’ont rien de manichéens. «Les motivations de tous les protagonistes sont légitimes. Quand les Rascals tombent sur leur ancien bourreau, il est normal qu’ils veuillent se venger et en ce qui concerne Frédérique, qui voit son frère se faire battre à mort, il est légitime qu’elle ressente de la haine. C’est humain. Pour ces personnages, c’est le fait de se faire justice eux-mêmes qui est dangereux», explique le réalisateur, qui, questionné persiste et signe dans ses convictions et précise que: «Même si la justice est parfois défaillante, il ne faut pas céder à ses pulsions de mort et de violence car c’est un terrible engrenage. Ce qui n’empêche pas de se demander pourquoi la justice n’est pas plus drastique car les lois et tout l’arsenal judiciaire existent ».

 

Victor Meutelet

 

Les acteurs sont prodigieux, notamment Angelina Woreth, qui incarne avec beaucoup de justesse Frédérique, un personnage ambivalent, paradoxal, non manichéen. C’est un personnage très intéressant. Victor Meutelet, quant à lui, dans le rôle de composition qui est le sien est très crédible. Le personnage qu’il incarne, Adam n’est, lui non plus, pas un type abject pour qui l’on éprouve de la répulsion. Il a une gueule d’ange et ses motivations à lui aussi sont légitimes.
Les personnages d’extrême droite ne sont pas présentés comme des monstres, des abrutis caricaturaux. C’est la même chose pour les membres de la bande des Rascals. Rudy vit dans l’ombre d’un grand frère chef du gang des Antillais, fils préféré de sa  mère. Il est le mal aimé. Pour Mandale, les Rascals, c’est la famille. Rico a, lui, a pour projet de quitter la France. Boboche évite, lui, le plus possible les emmerdes. Quant à Sovann, c’est le joli cœur, le diplomate du groupe. Tous ces personnages sont attachants et on les plaint d’être entraînés dans cette spirale de violence.
Le scénario écrit par Jimmy Laporal-Trésor, Virak Thun et Sebastian Birchier est excellent et le chef opérateur, Romain Carcanade, qui est le même que dans le court métrage, Soldat noir a fait un excellent travail. Toute une atmosphère se dégage de ce film. C’est un film de genre avec du fond très réussi.

Date de sortie 11 janvier 2023
 
Réalisation : Jimmy Laporal-Trésor
Casting : Jonathan Feltre, Angelina Woreth, Missoum Slima,Victor Meutelet, Marvin Dubart, Tadeo Kunfus, Jonathan Eap, Emeric Mamilonne, Mark Grosby, Mylène Wagram

 

Catherine Merveilleux


#LesRascals,  #jimmylaporaltrésor, #unifrance, #catherinemerveilleux, lejouretlanuit.net, #marseille, #cinemalesvarietes, #festivaldedeauville, #victormeutelet


Email