Le Jour et La Nuit
Le Jour et La Nuit

Franz-Olivier Giesbert et Michel Onfray au Toursky

«Peut-on débattre de tout ?»
C’est devant une salle archi-comble et à guichets fermés que le directeur éditorial de la Provence, Franz-Olivier Giesbert et le philosophe Michel Onfray ont débattu pendant deux heures sur la question : «Peut-on encore débattre de tout en France ?» Un échange passionné et passionnant entre deux hommes dont l’opinion diverge sur certains points, mais, qui complices et amis de longue date, se retrouvent sur l’essentiel, à savoir l’honnêteté intellectuelle.

 

Dès le début du débat, Michel Onfray fait le constat inquiétant que l’évolution mercantile des médias, plus soucieux d’audimat et de rentrées publicitaires que de qualité intellectuelle, a nivelé vers le bas les émissions sensées être des espaces de débat. «On ne peut débattre que là où l’argent ne fait pas la loi. Autrefois, il y existait des émissions où l’on laissait les invités s’exprimer. Cette époque est bien révolue. Maintenant, ce qui est privilégié, c’est le buzz, la phrase assassine, le bon mot, le mépris, les insultes. Les émissions ne sont plus en direct, elles sont pré-enregistrées et certaines séquences sont coupées au montage si elles dérogent au politiquement correct. Les déclarations des intervenants sont tronquées et perdent leur sens initial et intrinsèque. L’intelligence  bafouée disparaît au profit de la grossièreté et de l’indigence intellectuelle. Aujourd’hui, règne l’omerta, la censure. «Des gens comme Coluche ou Pierre Desproges seraient, de nos jours, en prison» précise Franz-Olivier Giesberg. «C’est d’ailleurs la même chose dans l’espace privé et en famille» poursuit Michel Onfray. «C’est la foire d’empoigne, certains monopolisent la parole et on ne s’écoute plus. A notre époque, il n’y a plus de débats dignes de ce nom dans les médias et à la télévision. Certains sujets sont tabous et celui qui dit la vérité sans être inféodé à aucune obédience est accusé d’appartenir à tel ou tel parti politique. Si Marine Lepen énonce une évidence comme «Noël est le 25 décembre» et que je déclare qu’elle a tout à fait raison, je risque d’être diabolisé et taxé d’extrémiste de droite. Une chape de plomb pèse sur bon nombre de thématiques et de sujets qu’il est dangereux d’aborder. Un manichéisme absolu règne en France. Il y a les méchants et les gentils. Hors du cercle de raison et de la pensée unique, point de salut.»
Les deux hommes ont ensuite abordé les fléaux successifs qui ont causé le naufrage de l’Ecole républicaine et Michel Onfray a expliqué : «Mon père ouvrier agricole a quitté l’école à 12 ans sachant lire, écrire, compter et réfléchir. Le tri sélectif et tous les sujets  superfétatoires qui sont étudiés de nos jours au détriment des fondamentaux sont une dérive qui nivelle l’Ecole républicaine vers le bas. J’ai accepté de rencontrer le ministre de l’Education nationale pour échanger avec lui à ce sujet.» Les deux hommes après avoir longuement débattu sur l’éducation, la mondialisation, l’Europe, le terrorisme et ses causes, la peine de mort, l’égalité homme-femme, l’égalitarisme, cette chimère néfaste ont fini par conclure qu’il existait heureusement des lieux privilégiés et alternatifs comme certains médias alternatifs et le théâtre Toursky où l’on pouvait débattre de tout sans se faire conspuer, se faire huer et insulter. L’objectif d’un débat est de s’écouter et d’échanger. Franz-Ollivier Giebert a, quant à lui, annoncé qu’il allait lancer une vaste campagne de souscription par l’intermédiaire de la Provence pour soutenir le mythique théâtre Toursky que son directeur, Richard Martin depuis des années défend contre vents et marées, malgré les subventions supprimées et les promesses non tenues. «Ce haut lieu de l’intelligence est l’un de ces lieux alternatifs où l’on peut encore penser sans préjugés. C’est un espace de liberté qu’il faut protéger et la Provence a décidé de le soutenir.» at-il conclu sous une salve d’applaudissements.


Catherine Merveilleux

 

Richard Martin sur la scène du Théâtre Toursky