Le Jour et La Nuit
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La réforme des rythmes scolaires, une bombe à retardement !

La Refondation de l’Ecole avait, à l’origine, pour objectif déclaré et officiel de réduire les inégalités sociales. Or, c’est exactement l’effet inverse qui se produit. La réforme des rythmes scolaires est en train de créer une école à deux vitesses.

L’école laïque, égalitaire de Jules Ferry est menacée car les municipalités pauvres ne pourront jamais payer les activités périscolaires prévues par la réforme sans augmenter considérablement les impôts locaux. C’est un dilemme et un cas de conscience douloureux pour les élus. Cette réforme de l’Ecole de Vincent Peillon causera, c’est inéluctable, autant de torts et de dommages à la France que la réforme liberticide des 35 h qui a définitivement tué notre compétitivité face aux pays étrangers concurrents. Ce qui est intolérable, c’est que cette réforme a réduit à néant la notion même d’Education nationale car la principale qualité de celle-ci était d’offrir le même enseignement à tous les enfants quel que soit leur lieu de résidence et leur origine. Cette réforme n’est, en fait, qu’un marqueur idéologique dont le président de la République pensait qu’elle allait susciter l’adhésion de tous et faire l’unanimité. C’est une véritable mascarade car elle n’a absolument pas été pensée a priori en profondeur.
Pour mettre en place un enseignement, comme le dispensent l’Allemagne ou la Suède, par exemple, il aurait fallu former les animateurs qui prendront les enfants en charge lorsqu’ils ne seront plus sous la responsabilité des professeurs d’école, qui sont des professionnels de la pédagogie. Quelle sera la formation de ces animateurs, les critères selon lesquels ils seront recrutés, leurs obligations, leur statut, leur contrat de travail ? Dispenser les rudiments d’une pratique sportive nécessite d’être formé dans cette discipline, d’avoir de la pédagogie, de l’autorité et d’assurer une sécurité intransigeante et infaillible car les activités sportives peuvent se révéler dangereuses. Il aurait aussi fallu et c’est primordial, construire, au préalable, les infrastructures nécessaires car elles n’existent pas… Où sont les piscines, les stades, les terrains de tennis qu’ont pris le soin de construire nos voisins allemands et suédois pour permettre à leurs enfants de s’adonner aux joies du sport après une matinée intellectuelle et studieuse ? C’est le même problème récurrent pour la musique, le théâtre et toutes les disciplines artistiques. Dans quels locaux les artistes transmettront-ils leur passion de l’art ? Où se cachent donc tous ces animateurs aptes à enseigner l’art dramatique et une initiation musicale ? Où sont tous les poneys et les guitares dont le ministre de l’éducation nationale faisait l’apologie dans une allocution flamboyante, lyrique et inspirée, lors du lancement des rythmes scolaires dans la ville de Feyzin ? Où sont tous les ordinateurs, quand on sait que dans une école de 350 élèves, par exemple, il n’existe que 10 ordinateurs alors que la pratique de l’informatique fait déjà partie des programmes obligatoires ? Ces images d’Epinal déconnectées et à des années-lumière de la réalité, montrent le fossé entre une idéologie conceptualisée par des énarques et les dures réalités du terrain et du quotidien. Selon les premières estimations, les analyses remontant du quart des communes qui ont accepté de mettre en place la réforme des rythmes scolaires, les enfants se montrent plus fatigués, agités pour ne pas dire épuisés, depuis la mise en place de l’aménagement du temps scolaire car ils se lèvent plus tôt une fois de plus par semaine et passent tout autant de temps dans leur établissement scolaire car ils restent toujours à l’étude et à la garderie parce que leurs parents travaillent et ne finissent pas à 15h. En fait, seules les mamans qui ne travaillent pas ou celles qui ont une nounou ou une babysitter leur font quitter l’école plus tôt. En fait, seules les familles aisées et favorisées bénéficient de la réforme des rythmes scolaires. CQFD.
Ce qui est scandaleux, c’est que dans cette réforme d’envergure, ni les parents, ni les enseignants n’ont jamais été consultés. La réforme a été menée tambour battant, à la hussarde car elle a été prise par décret et n’a jamais été soumise au vote du Parlement.
Les apprentis sorciers qui ont mis au point cette réforme, cette mascarade, ont agi dans la légèreté et la précipitation, sans aucune vision de l’avenir et sans anticiper les problèmes que ces innovations ne manqueraient pas de faire surgir : coût exorbitant pour les communes, pour les parents, difficulté de recrutement d’animateurs compétents et manque abyssal et évident d’infrastructures. Les enseignants eux-mêmes auront une baisse de revenus, en tant que contribuables, en frais de garde de leurs enfants en bas âge le mercredi, sans compter les frais de transport occasionnés par cette journée supplémentaire.
L’année prochaine, les municipalités, qui ne l’ont pas fait cette année, seront obligées, en vertu de la loi, de mettre en place cette réforme. Ce sujet qui divise déjà, pèsera lourd dans la bataille des municipales. Il sera avec le sujet de l’immigration, décisif pour faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre ...


Catherine Merveilleux