Le Jour et La Nuit
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Zazous, un roman de Gérard de Cortanze

Traqués par les Allemands, méprisés par les Résistants, pourchassés par les Collabos qui voulaient les scalper, les Zazous étaient des rebelles comme seuls les ados savent l’être.  On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans. On a envie de s’éclater, de vivre et de profiter de sa jeunesse, même pendant les périodes tumultueuses et troublées. Cette appétence est même décuplée et exacerbée pendant les périodes de tension, comme ce fut le cas pour les  Zazous pendant l’Occupation.  

 

Le roman de Gérard de Cortanze admirablement bien documenté nous plonge dans la période sombre de l’Occupation où sévissaient dénonciations sordides, marché noir, privations des denrées alimentaires élémentaires, des libertés fondamentales et rafles des Juifs envoyés dans les camps d’extermination. Dans ce climat anxiogène, une petite bande d’adolescents bien décidés à ne pas se laisser imposer quoique ce soit, se réunit chaque jour au café d’Eva, près du Parc Montsouris pour écouter du Jazz. Dans un Paris occupé qui devient de jour en jour plus lugubre et plus menaçant, la petite bande de Zazous n’a pas l’intention de se laisser abattre. Ils ont leurs codes: danser le swing, écouter du Jazz, boire de la bière à la grenadine et porter en toutes circonstances des lunettes de soleil. Ils ont envie de vivre, d’aimer avec toute la fougue qui est celle de la jeunesse. Ils refusent  catégoriquement de se laisser imposer une autorité d’autant plus intolérable qu’elle émane des «Boches», ces barbares sanguinaires, qui veulent les obliger à obéir à leurs lois inhumaines, liberticides et castratrices. Leur résistance à l’occupant commence tout d’abord par des blagues de potaches dues à leur envie de rire et à leur désir de rester insouciants. Imperceptiblement cependant, leur résistance devient plus consciente, plus politique. Petit à petit, ils s’engagent dans des actions hautement symboliques comme couvrir les murs de Paris du V de la Victoire, porter l’étoile jaune réservée aux Juifs, manifester bruyamment leur réprobation, lors des actualités allemandes projetées dans les salles de cinéma. Deux des garçons s’engagent même au péril de leur vie dans des mouvements activistes dangereux, sans que leurs camarades le sachent. L’une des jeunes filles tombe amoureuse, à son corps défendant, d’un soldat allemand antifasciste et rebelle, mais obligé de porter l’uniforme, Sarah, qui est juive, est déportée à Drancy. La vie se chargera de faire mûrir ces fougueux adolescents et de les faire passer de l’enfance à l’âge adulte, en les rudoyant parfois un peu trop violemment.

Un roman passionnant qui tient le lecteur en haleine avec des personnages attachants et psychologiquement bien construits, sur une fresque de société très réussie, très bien documentée et très étayée historiquement.

Zazous. Un roman de Gérard de Cortanze. Editions Albin Michel


Catherine Merveilleux