Le Jour et La Nuit
Le Jour et La Nuit

Nuit gravement au salut, une comédie de Henri-Frédéric Blanc à Avignon

C’est pendant le Festival off d’Avignon que j’ai vu l’excellente comédie d’Henri-Frédéric Blanc, Nuit gravement au salut, dans une adaptation créative et percutante de Ludovic Laroche. Il s’agit d’une brillante satire sur le pouvoir, l’outrecuidance et les abus que génère le sentiment de toute puissance chez celui qui s’en sent investi et qui compte en profiter au mépris de tout respect humain.

 

Cette comédie dénonce ce phénomène avec humour et cynisme. C’est irrésistiblement drôle, remarquablement bien écrit, à la fois profond et léger.
Le synopsis est le suivant : Léa Belmont est romancière. Victor Pontier est éditeur. Elle est idéaliste et séduisante. Il est cynique, imbu de lui-même et suffisant. Ce soir, ils dînent ensemble pour discuter avant de signer un contrat. Du moins, c’est ce que croit naïvement Léa Belmont. La jeune femme est aux abois car elle a un cruel besoin d’argent pour faire opérer son fils très gravement malade. Le seul éditeur prêt à la publier est Victor Pontier. C’est pour cette raison qu’elle a accepté, pleine d’espoir l’invitation à dîner de celui-ci.  Cependant, certes, il est prêt à la publier mais à une certaine condition …
La pièce met en exergue le rapport de force entre les deux protagonistes. La romancière use de séduction, mais uniquement par instinct et par amour maternel. L’éditeur, lui, n’a qu’un objectif : satisfaire au plus vite le désir sexuel qu’il éprouve pour cette femme  ravissante et d’autant plus désirable quelle est, pense-t-il, à sa merci. Le personnage du serveur est prodigieusement bien interprété par Pierre-Michel Dudan. Cet acteur exceptionnel apporte un souffle burlesque à une situations extrêmement tendue qui monte en puissance tout au long de la pièce. Le contraste entre le restaurant élégant, le service raffiné, les mets délicats et la brutalité de la situation, à cause de l’attitude de prédateur de l’éditeur, donne encore plus de férocité à la situation.
Henri-Frédéric Blanc dénonce avec finesse, psychologie les travers de l’être humain, en l’occurence, dans cette pièce, sa propension naturelle à user de sa force, de sa puissance, de son pouvoir, de sa position pour abuser de plus faible que lui. C’est à la fois profond et plein d’humour. Le spectateur reste suspendu aux lèvres des acteurs, partagé à la fois entre l’inquiétude et le fou rire. L’adaptation et la mise en scène de Ludovic Laroche dynamique et créative donne toute sa saveur au texte. Les comédiens sont hors-normes.

Du bon, du très bon Henri-Frédéric Blanc, cet auteur prolifique qui a écrit une quinzaine de romans dont certains ont été adaptés au cinéma ou au théâtre. Henri-Frédéric Blanc traduit dans toute son œuvre sa révolte d’un monde déchu et perverti. Son écriture est d’une grande qualité. Le texte est ciselé et nous interpelle au plus profond de nous-mêmes.

 

Théâtre Condition des Soies
7 au 30 juillet relâche les lundis 10, 17 et 24 juillet
13 rue de la Croix
84 000 Avignon
04 90 22 48 43

 

Casting : Stéphanie Bassibey, Pierre-Michel Dudan, Ludovic Laroche

 


Catherine Merveilleux