Le Jour et La Nuit
Le Jour et La Nuit

Journée des droits des femmes organisée par Geneviève Maillet, Bâtonnier de l'ordre des Avocats de Marseille

A l’occasion de la journée internationale des droits des Femmes, Geneviève Maillet, Bâtonnier de l’Ordre des Avocats de Marseille a organisé un après-midi de rencontres animées par trois femmes d’exception, qui incarnaient avec brillance et excellence la thématique choisie par Geneviève Maillet, à savoir Femmes / en résistance.

 

 

La première était la toujours aussi lumineuse Marie-Christine Barrault. Cette icône du cinéma et de la scène française, nièce de Jean-Louis Barrault qui épousa Daniel Toscan du Plantier puis Roger Vadim qui interpréta les plus grands rôles féminins du théâtre, en passant de Tchekov à Tennessee Williams, en passant par Marguerite Duras et Marguerite Yourcenar avec la même excellence, lut des lettres de Germaine Tillion à un public littéralement captivé et sous le charme. Germaine Tillion est cette femme bouleversante d’humanisme, d’intelligence et de courage, qui entra au Panthéon (Place des grands Hommes) le 27 mai 2015, après une vie édifiante et en parfaite adéquation avec son humanisme et sa foi en l’Humanité. Toute jeune femme, elle fut internée au camp de Ravensbruck où elle connut la barbarie et vécut l’indicible. Ce fut une grande résistante. Une femme admirable. Marie-Christine Barrault tint son auditoire suspendu à ses lèvres pendant toute sa prestation et la salle eut du mal à reprendre son souffle et à retenir pendant sa lecture, tellement elle sut transmettre, sans pathos et sans trémolos superflus,  l’indicible, l’insoutenable paradoxe qu’est l’Etre humain capable du pire comme du meilleur. Ce fut un grand moment et personne ne ressortit indemne de ce moment émotionnellement très fort. Le grand Richard Martin tint à saluer l’une des plus grandes comédiennes françaises et à lui offrir une rose à travers laquelle il rendait hommage à toutes les Femmes et à leur combat pour leurs droits à travers le monde et même dans nos sociétés occidentales car comme l’exprima si bien Marie-Christine Barrault. « Notre génération a profité de pas mal d’avancées, mais la génération de ma fille et de mes petites filles va devoir se battre car les droits acquis sont en constante régression. »
L’autre moment fort des rencontres fut la projection du film de Carmen Castillo « Rue Santa Fé ». Un film autobiographique où elle relate les années de dictature que vécut le Chili lorsque le 11 septembre 1973, le général Pinochet renversa le pouvoir du président Allende légitimement aboli. Le Chili connut alors des années noires ponctuées par des arrestation arbitraires, des tortures et la disparitions de simples opposants. Carmen Castillo, après son arrestation et l’assassinat sous ses yeux de son mari Miguel Enriquez, dirigeant du MIR  t( Movimiento de Izquierda Revolucionaria ) , leader du mouvement de la gauche révolutionnaire avec qui elle eut une fille Camilla. Cette exécution sommaire eut lieu le 5 octobre 1974 à Santagio du Chili dans la maison bleue où ils étaient cachés au  725 rue Santa Fé, d’où le titre du film. Carmen Castillo, alors enceinte, fut gravement blessée et fut sauvée par Manuel, un voisin courageux qui appela une ambulance et qui insista pour qu’elle soit hospitalisée d’urgence à l’hôpital. La cinéaste rendit d’ailleurs un vibrant hommage à ce voisin, un simple ouvrier, qui eut le courage d’intervenir. « Le film est né lorsque j’ai retrouvé cet homme après mon retour au Chili à la fin de la Dictature. J’ai voulu immortalisé nos retrouvailles en les filmant. J’ai ensuite filmé mes rencontres avec les autres protagonistes de ce véritable cataclysme qui a balayé nos vies. Ce film est aussi une réflexion sur ces terribles années et sur l’engagement politique. Nous nous sommes tous demandés à un moment ou à un autre si le fait de militer dans un mouvement révolutionnaire et d’entrer en résistance valait la peine de voir disparaître nos êtres les plus chers.  Aujourd’hui, je ne me berce pas du passé. Je ne suis pas morte de la mort de Miguel. Le 5 octobre 1974, un jour où les jasmins était en fleur, ma vie s’est brusquement brisée. Aujourd’hui je veux continuer à agir pour rendre vivante la mémoire des disparus. »
Les Rencontres « Femmes en Résistance » s’achevèrent par l’intervention d’une autre grande dame humaniste, en l’occurence, celle de Camille Giudicelli, avocat au Barreau de Marseille. Cette célèbre pénaliste, chevalier de la Légion d’honneur qui entra en résistance à l’âge de 16 ans  et qui passa sa vie à défendre les autres conclue cet après-midi passionnant par une analyse philosophique de haut niveau des thèmes évoqués.
Geneviève Maillet a réussi, lors de ces rencontres à l'occasion de la journée internationale des droits des femmes, à réunir sous son égide, des intervenantes hors-normes et des invitées très investies, tant dans la vie de la Cité que dans leur combat pour la défense des droits de la Femme… ou de l’Homme !

 

Catherine Merveilleux